Propos recueillis par la Rédaction.
Le Kevazingo (Guibourtia tessmannii) est au cœur de toutes les attentions. Depuis le début du mois, le ministère des Eaux et Forêts a entamé un recensement exhaustif de cette ressource sur l’ensemble du territoire. L’enjeu est colossal : sécuriser un stock estimé à plus de 200 milliards de francs CFA. Pour Michaël Moukouangui Moukala, journaliste spécialiste de l’environnement et diplômé en conservation de la nature, si l’initiative est louable sur la forme, elle soulève des inquiétudes de fond sur la survie de l’essence.
Une traçabilité contre le spectre du trafic
L’objectif affiché par le gouvernement est clair : assainir une filière gangrénée par des années de scandales. Michaël Moukouangui Moukala rappelle que « le Gabon a en effet lancé, le 1er avril 2026, un inventaire national exhaustif des stocks de Kevazingo du genre Guibourtia tessmannii soit-il dit, pour sécuriser une ressource précieuse estimée à plus de 200 milliards francs CFA ».
Selon lui, « l’objectif du Gouvernement via le ministère des Eaux et Forêts est d’assainir la filière après des scandales de trafic, en assurant une traçabilité totale de cette ressource forestière ». Une démarche qu’il soutient tout en rappelant le contexte : « Nous ne pouvons que saluer cette initiative d’autant que depuis plusieurs années, le Kevazingo fait l’objet d’un trafic illicite par les opérateurs économiques forestiers. Et ce, en dépit de la mesure d’embargo instaurée en 2019 ».
Le dilemme entre économie et conservation
Toutefois, la vigilance reste de mise car, selon l’expert, « pour conserver et gérer durablement une ressource, il faut maîtriser les stocks ». Il précise que « cette initiative devrait participer d’une gestion durable de cette précieuse ressource dont la lenteur de la croissance et un facteur de menace de la ressource qui met jusqu’à plusieurs dizaines d’années avant d’atteindre un âge acceptablement exploitable ».
C’est sur la finalité réelle de l’opération que le doute s’installe : « Or, à la lecture des intentions du ministère, la trajectoire semble être différente avec un objectif purement économique derrière. Si notre perception des choses est correcte, cette décision mettra une pression sur une ressource déjà objet de pression ».
Un héritage culturel en péril
Pour Michaël Moukouangui
Moukala, une telle approche mercantile « pourrait priver la forêt gabonaise d’une essence assez précieuse avec les conséquences mesurables sur la culture des communautés ».
En guise d’avertissement, il invite à la vigilance sur l’évolution du cadre réglementaire : « Pour bien comprendre notre position, il faut peut-être vous souvenir de la décision prise en 2024 d’autoriser l’exploitation du Kevazingo sous condition d’une autorisation expresse du ministère ». Reste à savoir si cet inventaire servira de bouclier pour la forêt ou de catalogue pour de futurs chantiers d’abattage.







