Cette célébration annuelle, instaurée en mémoire des événements de mars 1992 a été marquée cette année par une omission notable : le nom de Martine Oulabou n’a pas été mentionné lors de la cérémonie officielle organisée par les autorités au Palais Rénovation. Pour Marcel Libama, ce silence contraste avec la portée historique de cette date, qu’il décrit comme le souvenir de « 34 ans de misère ».
Rappel du contexte historique et du « sacrifice suprême »
Dans son allocution diffusée sur les réseaux sociaux, le syndicaliste est revenu sur les origines du mouvement syndical de 1992. Il a rappelé que les enseignants avaient alors engagé une marche pacifique pour la valorisation de leur profession en « bravant avec mépris et honneur les lois injustes qui interdisaient la jouissance par les fonctionnaires des droits et libertés syndicaux ».
Évoquant le drame du 23 mars 1992, il a souligné que Martine Oulabou Mbadinga a perdu la vie face aux forces de l’ordre « laissant une classe de CE1 sans institutrice et des élèves meurtris pour toujours ». Selon lui, ce décès constitue le « sacrifice suprême » pour une cause dont les revendications de base ne seraient toujours pas globalement satisfaites par les gouvernements successifs.
Critiques sur la gestion des priorités et des infrastructures
Marcel Libama a formulé des critiques directes sur la gestion des ressources publiques allouées à l’éducation. Il s’est notamment interrogé sur la pertinence de la distribution de pagnes de fête aux enseignants, alors que de nombreux établissements font face à des carences logistiques : « Les importantes sommes d’argent ainsi dépensées viennent de quel budget ? N’auraient-elles pas été plus utilement utilisées pour ne serait-ce que récurer des vieilles toilettes ou en installer de nouvelles dans les établissements secondaires où elles manquent cruellement ? »
Le syndicaliste rejette ce qu’il nomme une « atmosphère d’exhibition de groupes d’animation et de kermesse permanente à l’école », affirmant que l’institution est « gravement malade de l’intérieur » et nécessite une refonte sur des bases « nouvelles, consensuelles, solides et novatrices ».
Appel à une action symbolique
Face à ce qu’il décrit comme une « précarisation de l’enseignant et du chercheur », Marcel Libama a lancé un mot d’ordre à ses collègues pour marquer leur désaccord avec la politique scolaire actuelle. Il les a invités à un geste symbolique fort :
« En allant chacune et chacun déposer une craie blanche dans nos salles de classe, pour dire au gouvernement que si rien n’est fait, il lui reviendra de prendre la craie pour continuer la tâche sacrificielle. »
En conclusion de son plaidoyer, le leader syndical a estimé que le sang de Martine Oulabou « attend des réponses à la hauteur » des enjeux nationaux, appelant à ce que l’enseignement ne soit plus relégué au second plan des priorités de l’État.
Toutefois, une question demeure : cet appel à l’action symbolique trouvera-t-il l’écho escompté auprès de la base ? Marcel Libama, bien que figure emblématique de la lutte syndicale, semble aujourd’hui de plus en plus isolé en raison de son jusqu’au-boutisme radical. Ce positionnement, particulièrement marqué lors de la grève des enseignants qui avait paralysé le système éducatif pendant plus de deux mois, a laissé des traces au sein de la corporation. Dans ce contexte, il reste à voir si ses collègues choisiront de le suivre une nouvelle fois ou si la lassitude l’emportera sur l’appel au geste symbolique de la craie blanche.









