Malgré l’absence du Pr Vincent Moulengui Boukossou, président en exercice de la CNR, ce rassemblement a affiché une unité de façade autour de figures de poids. On notait ainsi la présence de Benoît Joseph Mouity Nzamba du Parti Gabonais du Progrès (PGP), l’un des rares partis historiques de l’opposition depuis le retour du multipartisme, de Francis Hubert Aubame du Parti Souverainistes-Écologistes, de Henri Sene Ingueza du Congrès pour la Démocratie et la Justice (CDJ), d’Alain-Claude Bilie-By-Nze d’Ensemble pour le Gabon (EPG) ainsi que de Michel Ongoundou Loundah, président de Réappropriation du Gabon, de son Indépendance, pour sa Reconstruction (REAGIR).
« Un pouvoir qui se juge à la valeur de sa parole »
Benoît Mouity Nzamba, président de l’Union du Peuple Gabonais (UPG), a porté la voix d’une opposition frontale, dénonçant un système qui a « reproduit et même amplifié les travers du système qui l’a renversé ».
« Ce qui était hier une crainte est aujourd’hui une réalité documentée, caractérisée par des mensonges d’État érigés en mode de gouvernance. L’inhumanité, le machiavélisme, le cynisme, l’amateurisme, l’autocratie sont autant d’états servis au peuple », a-t-il martelé.
La déclaration a passé au crible les promesses sociales, dénonçant avec virulence l’échec de la politique de l’emploi : « Le chef actuel de l’exécutif avait déclaré : “Je n’ai pas d’adversaire, mon seul adversaire, c’est le chômage des jeunes”. Pour cela, il va inciter les jeunes à prendre d’assaut tous les départements ministériels. À ce jour, nous n’avons aucun retour de recrutement malgré les 140 000 dossiers déposés ». L’opposition a également fustigé la gestion de la dette publique : « La dette totale devrait bondir à 80,4 % du PIB en 2026. Le CTRI a largement dépassé les normes d’endettement édictées par la CEMAC, sans une contrepartie palpable ».
Le quotidien des Gabonais a été résumé par une formule cinglante : « Le Gabon est devenu un pays de coupés-coupés : l’eau coupée, l’électricité coupée, la bourse des élèves et étudiants coupée, les routes coupées, l’école coupée, le travail coupé, les réseaux sociaux coupés. Cette description, aussi réaliste que cocasse, est inacceptable pour un pays de seulement 2,5 millions d’habitants ».
Sur le plan des libertés, le constat est sombre. L’opposition pointe « le visage particulièrement hideux » du gouvernement, évoquant une « liquidation de la démocratie par le bâillonnement des partis politiques et des médias » et une constitution « taillée pour un homme » qui consacre une « concentration inédite de pouvoir aux mains de la seule personne du président ».
« Nous n’acceptons pas que le coup d’État du 30 août 2023 ait simplement servi à remplacer un système prédateur par un autre plus militarisé. Nous n’acceptons pas que notre dignité soit tournée en dérision par des gouvernants qui utilisent les concepts de la démocratie pour couvrir les pratiques de l’autocratie. Nous n’acceptons pas que nos enfants soient toujours victimes des crimes dits “rituels” », a conclu Benoît Mouity Nzamba.
À la suite de cette lecture, les figures de proue de cette coalition ont répondu aux journalistes avec une liberté de ton totale.
Sur la détresse de la jeunesse et des boursiers :
Benoît Mouity Nzamba : « La dignité qui leur était promise n’a pas été au rendez-vous. La vie continue d’être de plus en plus difficile. Nos enfants à l’extérieur sont livrés à eux-mêmes. Je pense en particulier à ceux qui sont en Russie : que deviendront-ils dans un pays comme celui-là ? Est-ce qu’ils seront enrôlés dans l’armée pour aller faire la guerre quelque part ? Nos enfants sont au bord de la dépression, certains menaceraient de se suicider face à l’immensité de problèmes académiques et sociaux insolubles. »
Sur l’existence et la stratégie de l’opposition :
L’ancien chef du gouvernement, et principal challenger d’Oligui Nguema à la présidentielle d’avril dernier, Alain-Claude Bilie-By-Nze : « Appeler les choses, c’est leur donner un nom. Mais avant le nom, il y a l’existence. Qui vous voyez ici dont vous ignorez l’existence ? Je crois que nous nous connaissons. La légitimité d’un pouvoir n’est pas qu’électorale, elle est aussi dans la gestion continuelle de l’État. Et de ce point de vue, ce pouvoir, par ses choix, perd sa légitimité tous les jours. » Il a ajouté avec fermeté : « Si vous cherchez les leaders, c’est que vous avez du mal à voir. Le pouvoir sait exactement qui est en face de lui. Il sait qu’aujourd’hui, les hommes et les femmes s’organisent pour lui apporter une réponse aux dérives actuelles. Ce n’est pas par hasard qu’on coupe les réseaux sociaux pour empêcher l’expression des Gabonais ! »
Sur l’appel à la manifestation populaire :
Francis Aubame : « Le peuple a le droit de saisir toutes les voies de droit. Le peuple a le droit de crever au Gabon ? Non ! Il a le droit de manifester. Ça doit pouvoir se voir dans une démocratie. Appeler à des manifestations, ce n’est pas appeler à la sédition, c’est appeler à l’exercice d’un droit fondamental. Vous nous demandez si nous appelons concrètement à manifester ? Bien sûr ! C’est un moyen d’expression du peuple. »
Sur l’avenir du mouvement :
Henri Sene Ingueza : « C’est un processus que nous engageons. Un processus, ça commence, ça mûrit, et puis il aboutit. Quand vous voyez la vie, l’enfant fait neuf mois de gestation dans le ventre de sa mère. On considère que nous sommes en gestation, mais une gestation très vivante et parlante. »










