Derrière la bataille de chiffres qui agite l’opinion, la modernisation des caisses de sécurité sociale gabonaises cache une réalité contractuelle bien plus complexe que les bruits de couloir. Si le projet de plateforme unique entre la CNSS et la CNAMGS fait couler beaucoup d’encre, l’examen des faits permet de sortir des approximations pour se concentrer sur les engagements liant l’État à la société CLIKAFRIK.
Le premier point de friction concerne le coût réel de cette infrastructure. Alors que le montant de 3,2 milliards de FCFA est régulièrement brandi dans l’espace public, les documents officiels contredisent cette estimation. La facture globale pour les deux caisses s’établit en réalité à 1 223 094 600 FCFA. Pour la seule CNSS, l’engagement de CLIKAFRIK plafonne à 611 millions de FCFA, soit une différence de plus de deux milliards avec les chiffres qui circulent actuellement.
Au-delà du prix, les modalités de paiement révèlent un montage sécurisé pour les finances publiques. Contrairement à l’usage, aucun décaissement n’a été effectué à ce jour par les caisses.
Le contrat stipule que CLIKAFRIK doit assurer le développement sur ses fonds propres, le remboursement ne s’opérant que de manière échelonnée sur trois ans. Plus encore, chaque règlement est conditionné par la validation de jalons techniques concrets : livraison de la phase pilote, mise en service publique et, enfin, transfert total des codes sources à l’État.
Sur le plan de la procédure, le dossier n’est pas né d’une décision isolée. Initié en 2022, il a suivi un parcours administratif rigoureux avant sa validation finale en août 2023, recevant tour à tour l’aval du Comité de Surveillance des Organismes de Protection Sociale, du Conseil d’Administration de la CNAMGS et des directions générales.
Enfin, la question de la sécurité des données demeure la priorité. Sous la supervision étroite de l’ANINF, CLIKAFRIK a développé une solution répondant aux standards de souveraineté numérique. L’objectif est clair : sécuriser les informations sensibles des assurés et mettre fin aux fuites de recettes sociales grâce à une traçabilité accrue. Dans un contexte où la continuité de l’État est primordiale, ce chantier apparaît comme le levier nécessaire pour stabiliser durablement le système de protection sociale gabonais.










