Par Guilou Bitsutsu-Gielessen
Le président Brice Clotaire Oligui Nguema avait pourtant adressé un avertissement sans frais à son équipe lors de ses vœux du 31 décembre 2025. En appelant ses ministres à faire preuve de loyauté, d’abnégation et de désintéressement, le chef de l’État fixait un cap clair : passer à la vitesse supérieure pour répondre aux urgences sociales. Pourtant, force est de constater que le quotidien des Gabonais demeure marqué par une inertie préoccupante au sein de plusieurs départements ministériels, dont l’activité est désormais jugée contre-productive par une opinion publique de plus en plus impatiente.
L’opinion reste particulièrement attentive à des indicateurs de performance qui ne trompent pas, à l’instar de la gestion du chômage des jeunes, de la nationalisation des emplois et de la lutte acharnée contre la vie chère. Ces dossiers constituent aujourd’hui les véritables baromètres pour juger de la réussite ou de l’échec d’un membre du gouvernement. Dans les secteurs de base, le constat est d’autant plus sévère que les résultats tardent à se matérialiser sur le terrain, malgré un suivi rigoureux au sommet de l’État.
Le secteur des infrastructures illustre parfaitement ce décalage entre les sommets feutrés du pouvoir et la poussière des chantiers. Le 25 mars dernier, le président de la Transition a d’ailleurs reçu en audience Mahamadou Bonkoungou, président-directeur général du groupe Ebomaf, en présence du ministre des Travaux publics, Edgard Moukoumbi. Cette rencontre de haut niveau a permis de faire un point exhaustif sur l’état d’avancement des grands chantiers routiers exécutés par le groupe burkinabé, notamment les projets structurants dans la Ngounié et l’Ogooué-Maritime. Au cœur des échanges figuraient les axes stratégiques reliant Lébamba à Malinga-Molo sur 208 kilomètres, ainsi que la voie de 244 kilomètres entre Yombi-Mandji et le carrefour Rabi-Omboué.
Cependant, au-delà de ces audiences solennelles, le tableau général demeure sombre avec près de 30 % des 675 projets recensés actuellement à l’arrêt. Cette statistique pointe du doigt une lenteur manifeste dans l’exécution des chantiers routiers, en dépit des budgets colossaux alloués et de la mobilisation de grands groupes internationaux. Entre la réhabilitation laborieuse des routes dans l’arrière-pays et les embouteillages qui asphyxient Libreville, l’exaspération des populations atteint un seuil critique qui ne peut plus être ignoré.
Dans le domaine de l’énergie et de l’eau, les délestages persistants et les coupures chroniques ternissent tout autant le bilan global de l’action gouvernementale. Pour le citoyen, l’accès à ces ressources de base est le premier critère d’évaluation de l’efficacité publique. Toute gestion perçue comme stagnante dans ce secteur névralgique est immédiatement assimilée à une forme de contre-productivité qui impacte directement la crédibilité de l’exécutif.
La lutte contre la vie chère souffre également d’un décalage flagrant entre les annonces officielles et la réalité des marchés. Bien que des suspensions de taxes aient été décidées pour soulager les ménages, l’impact sur le prix du panier de la ménagère se fait toujours attendre. Cet activisme de bureau, déconnecté des prix pratiqués sur les étals, alimente un sentiment d’inefficacité. Tant que l’inflation ne reculera pas de manière significative, l’action du ministère de tutelle sera perçue comme une dépense d’énergie sans résultat tangible.
En définitive, les ministères dits sociaux et techniques peinent à transformer les ressources financières et les audiences présidentielles en services concrets pour la population. À cette lenteur opérationnelle s’ajoute un déficit de communication criant. Dans le climat actuel, le silence est systématiquement interprété comme de l’inaction. Les ministres qui échouent à vulgariser leurs réformes et à rendre compte de leurs avancées perdent inévitablement l’adhésion populaire, creusant ainsi le fossé entre les ambitions du gouvernement et les réalités quotidiennes des Gabonais.









