Le communiqué publié le 10 janvier par les ministères de l’Éducation nationale, des Finances et de la Fonction publique promettait pourtant des avancées : l’octroi de 300 postes budgétaires et la régularisation de 3 000 situations administratives. Mais pour Marcel Libama, ancien député de la Transition et cadre de SOS Éducation, ces annonces ne sauraient justifier une reprise des cours sans garanties fermes.
S’adressant à ses collègues, le leader syndical a été catégorique : « Lundi, pas de cours dans tous les établissements du Gabon. C’est ça la décision de SOS Éducation », a-t-il lancé sur les réseaux sociaux hier dimanche. Pour lui, la négociation est une épreuve de force qui exige une mobilisation totale de la base. « Cette négociation doit se dérouler sous la pression. […] La grève est avant tout un rapport de force. Plus nous sommes nombreux à nous mobiliser, plus nous nous mobilisons tous au même moment, plus vite nous allons sortir de cette crise », a-t-il martelé.
Il a rappelé la nécessité de l’action : « Nous n’avons qu’une seule politique. C’est la politique du cocotier. Si on veut avoir une noix de coco, nous devons secouer le cocotier ». En invoquant le cadre légal, il a insisté sur le fait que « le droit de grève est un droit constitutionnel. (…) C’est un droit à la désobéissance, c’est un droit à la contestation, c’est un droit à la révolte ».
Au cœur des revendications, la figure de la ministre d’État, Camélia Ntoutoume Leclercq, celle que ses détracteurs surnomment désormais la « Paul Biya de l’Éducation nationale », cristallise les rancœurs. En poste depuis 2022 après avoir succédé à Patrick Mouguiama-Daouda, sa gestion est jugée défaillante par les syndicats qui rappellent que les acquis sociaux ne sont jamais le fruit de la complaisance administrative. « Tout ce que nous avons eu dans nos bulletins, que ce soit la construction des établissements, que ce soit la PIF, que ce soit la prime de logement, les allocations familiales, les primes de rentrée scolaire… Nous avons eu tous ces avantages-là grâce à la mobilisation », a rappelé Marcel Libama pour justifier le refus de céder aux simples promesses de la commission.
L’humiliation des vacations versées entre 750 et 3 600 FCFA le 7 janvier dernier, ainsi que les nominations irrégulières par arrêtés plutôt que par décrets, sont perçues comme les preuves d’une gestion qui « reporte et aggrave les problèmes ».
Face à cette situation, Libama exhorte à la ténacité : « Nous n’allons pas gagner cette bataille sans sacrifice. […] Il faudrait que notre mobilisation donne la force à SOS Éducation qui se bat, qui va négocier au nom de tous ».
L’appel de SOS Éducation a été entendu bien au-delà de la capitale. La stratégie est claire : une paralysie totale et coordonnée sur l’ensemble du territoire. « Que vous soyez à Franceville, à Tchibanga, à Mouila, (…) comme un seul homme, faisons les piquets de grève, rassemblons-nous, disons non, trop c’est trop », a lancé Marcel Libama dans un appel vibrant à l’unité nationale du corps enseignant.
Alors que les travaux de la commission technique reprennent ce lundi sous la coordination du Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, le mot d’ordre reste le même : l’observation « scrupuleuse et hermétique » du mouvement de grève. Pour les leaders syndicaux, le gouvernement a manqué de proactivité : « Si le gouvernement ne voulait pas qu’on arrive à la grève, ils auraient négocié lors du dépôt de préavis de SOS Éducation. Là, la grève est déclenchée ».










