Clarification sur la liberté provisoire et dénonciation des “allégations fallacieuses”
Face aux déclarations de Maître Pierre-Olivier Sur, ancien bâtonnier du barreau de Paris, qui avait dénoncé le 11 juillet une prétendue “justice spectacle” au Gabon, le procureur Eddy Minang s’est montré sans équivoque. Il a qualifié certaines critiques de “commentaires acerbes” et d’“allégations fallacieuses,” réaffirmant la légalité de la décision de mise en liberté provisoire de Sylvia Valentin Bongo et de son fils Nourredine Bongo Valentin.
S’appuyant sur les articles 132 et 143 du Code de procédure pénale gabonais, Eddy Minang a rappelé que cette mesure peut être sollicitée “à tout moment, indépendamment de la gravité des faits ou de la lourdeur des charges,” pourvu que les conditions légales soient réunies. “Je persiste ici qu’en droit pénal gabonais, il existe bel et bien la liberté provisoire et la détention préventive, et que je n’ai commis aucune erreur de droit,” a-t-il déclaré, réfutant directement les affirmations ironiques de Maître Sur selon lesquelles “la liberté n’est jamais provisoire. Ce qui est provisoire, c’est la détention.”
Sans jamais le nommer explicitement, Eddy Minang a adressé une réplique à l’avocat français, l’accusant d’avoir tenu des propos indignes à l’encontre d’un magistrat africain. Le procureur a souligné que les professionnels du droit, en France comme au Gabon, sont soumis à des devoirs éthiques de respect et de modération, y compris dans leurs prises de parole publiques. “Si alléchants soient-ils, les honoraires des clients ne doivent pas faire oublier à un avocat qu’il doit en toutes circonstances faire preuve de délicatesse, particulièrement lorsque sa qualité est connue,” a-t-il insisté, citant à l’appui un arrêt de la Cour de cassation française du 14 octobre 2010.
Il a également fait état de précédents similaires, accusant Maître Sur d’avoir, en 2013, injurié un procureur sénégalais et même le président de la République du Sénégal, faits qui l’auraient contraint à présenter des excuses. À Libreville, le procureur Eddy Minang n’exclut pas de saisir le bâtonnier de Paris concernant cette affaire.
Au-delà de la défense de la procédure et de l’éthique judiciaire, Eddy Minang a raillé le “complexe de supériorité” que cultiveraient certains juristes français à l’égard de leurs homologues africains. “Ce complexe, fondé uniquement sur l’histoire coloniale et la couleur de peau […] devrait cesser. Nous avons les mêmes compétences et avons souvent étudié dans les mêmes universités,” a-t-il lancé avec force.
Il a rappelé que Maître Sur, qui l’accusait d’incompétence, a étudié à Paris II Panthéon-Assas – la même université où lui-même a soutenu sa thèse de doctorat, avec les félicitations du jury. “Cet avocat est et restera mon étudiant. Je suis d’ailleurs disposé, s’il le souhaite, à l’encadrer sur les plans pédagogiques et professionnels,” a-t-il conclu.
Si le procureur n’a pas nié l’existence de critiques plus générales adressées à l’institution judiciaire gabonaise, il a refusé d’y voir le signe d’un effondrement. Face aux accusations de tortures, de vidéos clandestines et d’une magistrature “à genoux,” Eddy Minang a rappelé que la justice gabonaise œuvre dans un contexte complexe, mais maintient sa souveraineté. “Les institutions judiciaires gabonaises n’ont pas à rougir. Elles appliquent la loi, et rien que la loi,” a-t-il conclu, appelant à un dialogue constructif entre professionnels du droit, fondé sur le respect mutuel et exempt de postures politiques ou de relents néocoloniaux.