« Une nation qui veut aller de l’avant doit avoir le courage d’interroger son parcours. » C’est par le générique préalable de son podcast quotidien que Bilie-By-Nze introduit son récit. En nous replongeant en juin 2005, à cinq mois d’une présidentielle cruciale et tendue, il lève le voile sur ce qui fut moins une idylle qu’un froid calcul politique, souvent qualifié de mariage de raison.
De la discorde à la « Convivialité »
Le décor est planté par un parallèle historique. Si la France de l’époque vit au rythme de la cohabitation entre François Mitterrand et Jacques Chirac, le Gabon, lui, s’apprête à expérimenter la « Convivialité ». Ce concept, introduit par Paul Mba Abessole pour justifier son entrée au gouvernement dès 2002, visait à légitimer son virage à 180 degrés.
Toutefois, il convient de préciser que si Bilie-By-Nze s’attarde sur les faits, l’analyse concernant la mise à l’écart systématique de Pierre Mamboundou relève ici de la rédaction. En effet, ce choix de la “Convivialité” a eu pour conséquence directe de fracturer l’opposition et d’isoler le leader de l’Union du Peuple Gabonais (UPG). Pierre Mamboundou était alors dépeint par les médias d’État comme un opposant radical et va-t-en-guerre.
Le « Pourquoi pas ? » d’Omar Bongo
Le point d’orgue de ce rapprochement se joue le 26 juin 2005. Après un meeting à la place de l’Indépendance où le père Mba Abessole explique la nécessité de ce rapprochement pour corriger les erreurs du pays, une marche conduit les troupes devant le Palais de la Rénovation. Omar Bongo, maître de la mise en scène, descend à leur rencontre vêtu d’une gandoura de musulman.
Lorsque l’idée est lancée de voir le père Mba Abessole diriger la campagne d’Omar Bongo — une idée portée par Maître Jean-Paul Moubembe et le Mouvement des enfants de Bongo — le Président répond par une formule devenue mythique : « Pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Mais il y a des conditions. » Derrière ce consentement de façade, Bilie-By-Nze révèle l’existence d’une lutte interne féroce. Au sein de la majorité, le mot d’ordre était : « Tout sauf Mba Abessole », par crainte qu’il ne réclame la Primature.
Il s’agissait pourtant d’un événement d’envergure : l’opposant historique, candidat emblématique de 1993, celui-là même qui s’était proclamé vainqueur de cette élection, avait mis en place un gouvernement parallèle et incarné la principale force d’opposition au régime, renonçait à être candidat en 2005. Non seulement il renonçait, mais il s’engageait à soutenir la campagne d’Omar Bongo.
Bilie-By-Nze, témoin et acteur
L’ancien Premier ministre raconte comment, alors jeune leader issu du RPG, il s’est retrouvé au cœur de ce dispositif. Lors de la Convention de la jeunesse républicaine — pilotée par Ali Bongo et André Mba Obame — c’est lui qui est choisi pour lire la motion d’appel à la candidature d’Omar Bongo. Un choix symbolique : ancien leader étudiant réprimé, son ralliement servait de caution à l’ouverture du régime. Il se souvient encore du Président lui chuchotant un mot à l’oreille : « Ne le répète à personne ». Un secret qu’il n’a toujours pas trahi.
L’épilogue d’une alliance complexe
L’histoire montre que dans ce mariage de raison, Omar Bongo a gardé la main. La direction de campagne sera confiée à Jean-Pierre Lemboumba-Lepandou. L’article se ferme sur une ironie du destin : Bilie-By-Nze intégrera l’équipe de communication de la campagne aux côtés de René Ndemezo’Obiang, l’homme qui, en tant que ministre de l’Enseignement supérieur, avait signé son exclusion de l’université Omar Bongo onze ans plus tôt.









