Au Gabon, le débat public semble aujourd’hui prisonnier d’une confusion tenace : celle qui consiste à assimiler l’action politique à l’accumulation de projets visibles, et la construction nationale à une succession d’infrastructures, aussi coûteuses soient-elles. Routes, bâtiments administratifs, équipements prestigieux, annonces spectaculaires : tout se passe comme si l’État croyait pouvoir se réinventer par le béton, sans s’interroger sérieusement sur le cadre politique, social et institutionnel dans lequel ces investissements prennent sens — ou, plus souvent, n’en prennent pas.
C’est précisément contre cette vision fragmentée et superficielle de la gouvernance que s’inscrit la proposition des États généraux de la Nation, telle que portée par Alain Claude Bilie-By-Nze, président d’Ensemble pour le Gabon. Loin d’un simple débat économique ou d’un énième forum politique, les États généraux répondent à une exigence plus profonde : celle de refonder le pays dans toutes ses dimensions, à partir d’un diagnostic partagé, lucide et sans complaisance.
𝐔𝐧𝐞 𝐜𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐪𝐮𝐢 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐬𝐞𝐮𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 é𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞
La situation que traverse le Gabon ne saurait être réduite à des déséquilibres budgétaires ou à une tension conjoncturelle sur les finances publiques. Certes, l’instabilité des lois de finances, la pression fiscale accrue, le retour sous programme avec le FMI et l’érosion du pouvoir d’achat constituent des signaux d’alerte sérieux. Mais ils ne sont que les symptômes d’un malaise plus large.
Le pays est confronté à une crise institutionnelle, marquée par la confusion des responsabilités et la concentration excessive du pouvoir ; à une crise démocratique, alimentée par la défiance électorale et l’absence de règles du jeu consensuelles ; à une crise sociale, nourrie par l’augmentation des inégalités, la précarité des ménages et la fatigue d’une population sommée de consentir à des sacrifices sans horizon clair ; enfin, à une crise de sens, où l’État peine à définir une vision crédible du Gabon de demain.
Dans ce contexte, continuer à gouverner par ajustements successifs, annonces sectorielles et décisions isolées revient à prolonger l’impasse. La multiplication des projets sans cohérence d’ensemble ne produit ni stabilité ni confiance. Elle fragilise au contraire l’action publique en donnant le sentiment d’un État qui agit sans boussole.
𝐋𝐞𝐬 États généraux : 𝐮𝐧𝐞 𝐫𝐞𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧, 𝐩𝐚𝐬 𝐮𝐧 𝐝𝐢𝐚𝐥𝐨𝐠𝐮𝐞 𝐝𝐞 𝐟𝐚ç𝐚𝐝𝐞
Les États généraux de la Nation ne relèvent ni d’un dialogue politique classique ni d’un mécanisme de pacification conjoncturelle. Ils visent à créer un temps long de concertation véritable, capable de dépasser les logiques partisanes et les calculs immédiats.
L’ambition est claire : remettre à plat les fondations mêmes de l’État gabonais. Cela implique, en premier lieu, une réflexion approfondie sur l’architecture institutionnelle. Les institutions actuelles, souvent conçues dans la précipitation, cumulent les ambiguïtés, diluent les responsabilités et rendent l’action publique peu lisible. Un État efficace ne peut fonctionner durablement sans séparation claire des rôles, sans mécanismes de contrôle crédibles et sans institutions respectées parce qu’elles sont compréhensibles.
Mais la refondation ne peut s’arrêter aux institutions. Elle doit également englober le modèle économique et social : la structure des finances publiques, la fiscalité, la protection des ménages, l’emploi, le rôle de l’État stratège face au secteur privé. Elle doit interroger la pertinence des priorités budgétaires, la soutenabilité de l’endettement et la capacité réelle de l’économie gabonaise à créer de la valeur et de l’inclusion.
𝐏𝐞𝐧𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐭𝐨𝐢𝐫𝐞, 𝐥’é𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐞𝐭 𝐥𝐞 𝐆𝐚𝐛𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐝𝐞𝐦𝐚𝐢𝐧
Les États généraux doivent aussi ouvrir un chantier souvent négligé : celui de l’organisation territoriale. Le découpage administratif et électoral du Gabon ne correspond plus aux réalités démographiques, économiques et sociales actuelles. Mal pensé, il alimente les frustrations, les déséquilibres régionaux et la défiance politique. Repenser le territoire, c’est repenser la représentation, l’accès aux services publics et la cohésion nationale.
La question de l’éducation occupe également une place centrale dans cette réflexion. Former la jeunesse gabonaise ne peut se limiter à gérer des crises sectorielles ou des revendications conjoncturelles. Il s’agit de définir une vision éducative cohérente avec les besoins du pays, les transformations économiques à venir et les exigences citoyennes d’une société moderne. Un pays qui n’investit pas intellectuellement dans sa jeunesse hypothèque mécaniquement son avenir.
𝐅𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐥𝐚 𝐩𝐚𝐢𝐱 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥𝐞 𝐩𝐚𝐬𝐬é 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐢𝐫𝐞 𝐥’𝐚𝐯𝐞𝐧𝐢𝐫
Toute refondation nationale sérieuse suppose enfin un travail de vérité. C’est dans cette logique que s’inscrit la nécessité d’une Commission Vérité, Justice, Réparation et Réconciliation. Non comme un instrument de règlement de comptes, mais comme un cadre institutionnel permettant d’examiner, avec méthode et responsabilité, les effets durables des violences politiques, des injustices sociales et des ruptures de confiance accumulées au fil des décennies.
Pour Alain Claude Bilie-By-Nze, on ne peut bâtir un avenir commun sans reconnaître les blessures du passé. La vérité n’est pas une menace pour la stabilité ; elle en est la condition. La justice n’est pas un luxe moral ; elle est une garantie de non-répétition. La réparation n’est pas un fardeau budgétaire ; elle est un investissement dans la paix civile. Refuser ce travail de mémoire, c’est accepter que les fractures anciennes continuent d’empoisonner le présent.
𝐑𝐞𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞𝐫 𝐩𝐥𝐮𝐭ô𝐭 𝐪𝐮’𝐞𝐦𝐩𝐢𝐥𝐞𝐫
Construire des infrastructures sans vision d’ensemble ne suffit pas à construire une Nation. Un pays ne se résume ni à ses routes ni à ses bâtiments, mais à la cohérence de son projet collectif, à la confiance entre l’État et les citoyens, et à la capacité de ses institutions à incarner l’intérêt général.
Les États généraux de la Nation proposent précisément ce que la gouvernance actuelle peine à offrir : un cadre, une direction, une identité politique assumée. Ils exigent du temps, de l’écoute et du courage. Mais c’est le prix à payer pour sortir durablement de l’improvisation et redonner au Gabon autre chose qu’une addition de projets : une vision.
Mefe Victor
Porte parole Ensemble Pour le Gabon
Plateforme Ensemble pour le Gabon










