Les cours auraient dû reprendre ce lundi, sauf que samedi dernier, réunis en assemblée générale, à Libreville comme à l’intérieur du pays, les enseignants ont maintenu le piquet de grève. Ils exigent d’attendre la fin du mois de février pour s’assurer de l’effectivité des mesures annoncées par le gouvernement dans le protocole d’accord. Sauf qu’au-delà même des revendications des enseignants, un autre enjeu se joue : c’est le point 6 contenu dans le protocole d’accord, dont nous avons eu copie, qui pourrait mettre à nu tout un système bâti sur un clientélisme institutionnalisé aux pieds d’acier. On vous explique.
Combien sont-ils — commis de l’État, syndicalistes ou enseignants — à profiter de cette économie souterraine financée par le contribuable depuis des années ? Ces acteurs, qui ont tout intérêt à l’immobilisme, freinent la signature du protocole. Le point de blocage majeur reste l’audit du fichier matricule, des vacations et des doublons budgétaires. Le gouvernement en fait pourtant une condition sine qua non avant de satisfaire les revendications financières et administratives des grévistes.
Selon notre enquête, l’État débloque annuellement environ 800 millions de FCFA pour l’organisation du CEP et du BAC. Sur cette somme, les gouverneurs percevraient 10 millions chacun pour la simple validation administrative des examens. Outre les 600 millions alloués à la logistique des épreuves, 200 millions sont affectés au cabinet du ministre de l’Éducation nationale.
Toutefois, la gabegie ne s’arrête pas au sommet de la pyramide. Notre source révèle des anomalies frappantes sur le terrain : lors des corrections du BAC, le nombre de correcteurs reste inchangé entre le premier et le second tour, alors que le volume de copies diminue drastiquement. Cherchez l’erreur. Plus flagrant encore : alors que le plafond des vacations est fixé à 500 000 FCFA par correcteur, certains enseignants parviennent à empocher un, voire deux millions de FCFA.
Cette opacité systémique soulève une question cruciale : si les revendications des enseignants sont réellement l’objectif, pourquoi les protocoles relatifs à l’audit et à la restructuration du cadre administratif du ministère n’ont-ils toujours pas été paraphés ?










