Une ville fragmentée, une activité bridée
Le document officiel détaille une ville découpée en sept zones géographiques, chacune condamnée à un arrêt total de fourniture électrique pendant une fenêtre précise. De la zone industrielle d’Oloumi au grand marché de Mont-Bouët, en passant par le centre-ville et les zones portuaires, aucun poumon économique n’est théoriquement épargné par cette mesure de rationnement.
Sur le papier, le calcul semble froid et sans appel pour n’importe quel entrepreneur librevillois : avec une coupure programmée de deux heures, la fourniture effective tomberait à 22 heures sur 24. Sur une base hebdomadaire, le bilan théorique afficherait alors 154 heures de courant sur les 168 possibles.
Le gouffre entre le planning et la réalité
Toutefois, ce programme n’est qu’une façade bureaucratique qui occulte une réalité bien plus sombre pour les usagers. Sur le terrain, les horaires annoncés par la SEEG ne sont que très rarement respectés, transformant la prévision en une loterie permanente. En réalité, un même secteur peut subir deux ou trois délestages supplémentaires et imprévus par jour, s’étalant sur plusieurs heures chacun.
Arithmétiquement, le décompte bascule dans l’absurde : les heures de coupures réelles dépassent largement les prévisions, amputant radicalement le quota des 22 heures de fourniture promises. Dans les faits, l’accumulation des pannes non signalées et des prolongations de délestages fait que certaines zones peuvent totaliser plus de 24 heures de noir cumulées sur une période extrêmement courte, paralysant toute vie sociale et commerciale.
L’intérieur du pays : une économie de guerre
Si le Grand Libreville suffoque, la situation en province est loin d’être plus enviable. À l’intérieur du pays, on ne parle plus de délestages, mais d’une véritable économie de guerre. Dans le Woleu-Ntem par exemple, le tableau est apocalyptique : les interruptions dépassent largement les records de la capitale. Le temps de délestage y excède souvent les 22 heures par jour, plongeant des provinces entières dans une léthargie forcée où l’accès à l’énergie devient l’exception plutôt que la règle. Cette fracture énergétique entre Libreville et l’hinterland achève de fragiliser le tissu économique national.
Le coût caché du noir et l’institutionnalisation de la pénurie
Ces interruptions répétées représentent un gouffre financier pour une petite entreprise, un salon de coiffure à Rio ou un atelier de soudure à Glass. L’impact économique se traduit par un surcoût énergétique lié à l’usage de groupes électrogènes, mais aussi par une menace constante sur la chaîne du froid et l’arrêt total des services numériques.
Si la SEEG justifie officiellement ces mesures par la gestion du transit sur les lignes haute tension de Bisségué, Ambowé et Alénakiri, l’incapacité à respecter son propre calendrier interroge sur la maîtrise réelle du réseau. Il devient impossible de viser une émergence économique quand la capitale est soumise à un rationnement énergétique aléatoire qui dépasse de loin les 8% de perte théorique. L’objectivité oblige à constater que ce mode de gestion transfère la charge de l’incompétence technique directement sur le portefeuille des Gabonais.
En 2026, l’accès à une énergie continue ne devrait plus être une promesse de papier de 22 heures, mais une réalité physique de chaque instant sur toute l’étendue du territoire.










