De l’Éducation nationale à l’Enseignement supérieur, en passant par l’audiovisuel public et les agents de divers ministères, la grogne est désormais générale. Si les revendications varient selon les corps de métiers, elles convergent toutes vers un même espoir : une amélioration tangible des conditions de vie. Le ras-le-bol est alimenté par un pouvoir d’achat qui s’effrite et une mercuriale des prix restée sans effet sur le panier de la ménagère. Pour couronner le tout, l’emprisonnement des leaders syndicaux Marcel Libama et Simon Ndong Edzo pour « trouble à l’ordre public » a fini de mettre le feu aux poudres.
Pendant la période d’exception de la Transition, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a bénéficié d’une trêve sociale tacite. Cependant, après deux ans de gestion, l’idylle semble bel et bien rompue. Si, sous le dernier mandat d’Ali Bongo Ondimba, les Gabonais ont accepté d’énormes sacrifices au nom de la crise sanitaire ou de la chute des cours du pétrole, la donne a radicalement changé. Le peuple n’est plus disposé à une « résilience passive » alors que les signaux d’alerte s’accumulent.
Le réveil des consciences a été brutalement accéléré par le déballage judiciaire entourant l’ancienne Première dame Sylvia Bongo Ondimba, son fils Noureddin Valentin et la « Young Team ». Les révélations sur les sommes détournées sont vertigineuses. Voir deux milliards de FCFA de bonus accordés à des conseillers de l’ancien régime comme on distribuerait des friandises est insupportable pour l’opinion. Dans un pays où le vol des deniers publics se compte désormais en « unités milliards », il devient impossible de convaincre les travailleurs que l’État n’a pas les moyens de sa politique sociale.
Le problème du Gabon n’est manifestement pas le manque de ressources, mais celui de la redistribution équitable des richesses. Entre la fuite des fichiers du Trésor révélant des retraits faramineux et les soupçons de détournements de dizaines de milliards pesant sur l’ancien ministre du Tourisme dans l’affaire Sifflon, le vertige s’installe.
Comment exiger des fonctionnaires qu’ils consentent au matraquage fiscal et travaillent dans des conditions précaires — avec des salaires rongés par l’inflation — alors que le train de vie de l’exécutif ne faiblit pas ? L’argument d’une économie exsangue héritée du passé ne suffit plus à justifier de tels contrastes.
Conclusion : Rendre à César…
Ce n’est pas aux ménages de payer pour les fautes de gouvernance des régimes précédents. L’équation est simple : l’État a l’obligation de réduire son train de vie pour répondre aux revendications légitimes des travailleurs.
Enfin, pour rendre à César ce qui appartient à César : rappelons que le titre « C’est chaud la capitale » est l’œuvre d’un trio de jeunes rappeurs — Toutouya, Wisdom Draxs et Walter Dsr. Si les droits d’auteur étaient enfin une réalité au Gabon, ces artistes devraient pouvoir vivre dignement de leur talent. Une anomalie de plus dans un pays qui cherche encore son équilibre.










