Le scandale réside moins dans la procédure légale que dans le sentiment d’un privilège de caste inamovible. Alors que de nombreux citoyens croupissent en détention préventive pour des délits mineurs sans jamais obtenir d’audience, un haut commis de l’État, soupçonné d’avoir monnayé son influence et perçu des pots-de-vin sur des marchés publics, parvient à s’offrir une liberté provisoire. Ce contraste saisissant alimente la conviction populaire que le Code de procédure pénale dispose de compartiments secrets, accessibles uniquement à ceux dont les comptes bancaires permettent de transformer une caution en un véritable ticket de sortie.
Au-delà de l’aspect financier, c’est la symbolique politique qui choque. En permettant à un homme accusé de concussion et de corruption passive de regagner son domicile après seulement trois mois, le système judiciaire envoie un signal de faiblesse déconcertant. Cette décision donne l’impression que la gravité des faits reprochés s’efface devant la capacité de l’inculpé à mobiliser des fonds, transformant la justice en un simple exercice comptable. Pour le Gabonais moyen, qui observe les efforts de reconstruction du pays, voir un acteur présumé du pillage des ressources publiques recouvrer la liberté si rapidement est une pilule difficile à avaler.
Cette sortie de prison jette un voile de suspicion sur la réelle volonté de mener à bien les enquêtes sur les crimes économiques. Si la loi autorise la mise en liberté sous caution, son application systématique aux dossiers les plus sensibles de la République finit par vider la lutte contre la corruption de sa substance.
Le risque est désormais que ce précédent ne devienne la règle, installant durablement l’idée que pour les puissants de ce pays, la prison n’est qu’une brève escale technique dont on s’extrait par un simple virement au Trésor public.










