Le 10 mars dernier, lorsque la démission de Jean-Charles Solon lui a été officiellement notifiée, c’est tout un système de vases communicants qui a vacillé. Pendant treize ans, le patron du Service d’interception et de liaison des affaires militaires (Silam) n’a pas seulement dirigé les “grandes oreilles” du Gabon ; il a également veillé à la prospérité d’une structure de droit français gérée par ses proches : ST’Air Technologies.
Un business de famille à 393,5 millions de F CFA
Selon les documents financiers consultés par Jeune Afrique, la société domiciliée à Palaiseau, en France, affichait en 2023 un chiffre d’affaires insolent de 393,5 millions de F CFA (environ 600 000 euros). Un montant d’autant plus remarquable que la structure ne compte qu’une poignée d’employés, tous issus du premier cercle de Jean-Charles Solon.
Gérée par sa fille Jessica, avec l’appui de sa sœur Annabelle et de leur mère Brigitte, ST’Air Technologies s’était imposée comme le prestataire technique indispensable du Silam. Le schéma était simple : l’État gabonais externalisait la maintenance de ses équipements d’interception et la location de ses flux de données à cette PME familiale.
Conflit d’intérêts au sommet de l’État
Le mélange des genres était total. En tant que directeur du Silam, Jean-Charles Solon validait les besoins technologiques de la présidence, tandis que ses filles, via ST’Air, y répondaient par des factures rubis sur l’ongle. Les services rendus allaient de la gestion des serveurs russes permettant de dupliquer les cartes SIM au contournement des applications cryptées comme WhatsApp.
Ce système de double casquette.ne s’arrêtait pas aux télécoms. Les bénéfices générés par ST’Air Technologies auraient été méthodiquement réinvestis dans une nébuleuse immobilière. Des sociétés comme JDS & Associés ou Elyst, également aux mains de la famille, gèrent aujourd’hui un patrimoine immobilier de luxe, financé indirectement par les contrats du renseignement gabonais.
Si ce montage a prospéré sous Ali Bongo Ondimba — qui avait lui-même favorisé l’installation de Solon au début des années 2010 — il est devenu insupportable pour les nouvelles autorités de la République. Pour les conseillers de Brice Clotaire Oligui Nguema, le maintien de ST’Air Technologies représentait non seulement une anomalie éthique, mais aussi un risque pour la souveraineté nationale.
Depuis la notification du 10 mars, le Palais Rénovation a décidé de débrancher le prestataire familial. La nomination du général Bernard Gnamankala à la tête du Silam marque la volonté de rapatrier ces compétences stratégiques au sein de l’armée gabonaise, mettant ainsi fin à une décennie de rente pour la galaxie Solon.





