La remontée spectaculaire du prix du baril de pétrole offre aujourd’hui aux pays producteurs, et tout particulièrement au Gabon, une opportunité économique dont la rareté impose une responsabilité historique. Dans un contexte budgétaire marqué par de fortes tensions, cette embellie ne doit pas être perçue comme un simple répit, mais comme un levier puissant de redressement national. Encore faut-il, cette fois-ci, en faire un usage irréprochable.
L’histoire économique des nations riches en ressources naturelles est malheureusement jalonnée d’occasions manquées. À chaque cycle haussier, les mêmes dérives finissent par réapparaître : des dépenses mal orientées, des investissements à faible productivité et une absence chronique de vision à long terme. Le Gabon se trouve à la croisée des chemins et ne peut plus se permettre de rejouer ce scénario de l’échec.
Face à cette nouvelle donne internationale, l’élaboration d’une loi de finances rectificative (LFR) s’impose comme une nécessité absolue. Ce collectif budgétaire ne doit pas se contenter d’ajuster mécaniquement les prévisions de recettes ; il doit servir de boussole pour redéfinir clairement les priorités de la Nation.
Ces ressources supplémentaires doivent impérativement être dirigées vers des secteurs à fort impact social et économique. Il s’agit d’investir massivement dans l’énergie pour mettre un terme définitif aux délestages qui asphyxient l’activité et dégradent le quotidien des Gabonais. Il s’agit également de renforcer notre système de santé pour garantir un accès effectif à des soins de qualité, de moderniser les infrastructures pour soutenir la compétitivité du pays, et de réduire la dette publique afin de préserver nos équilibres financiers. Enfin, le soutien au pouvoir d’achat doit devenir une priorité absolue face à l’urgence sociale de la vie chère.
Toutefois, pour que cette stratégie réussisse, une ligne rouge doit être tracée : ces ressources ne doivent en aucun cas alimenter des dépenses de prestige ou des charges improductives. La rigueur, l’efficacité économique et la justice sociale doivent guider chaque franc dépensé.
La réussite de ce tournant repose enfin sur la transparence. Les citoyens ne peuvent plus être tenus à l’écart des choix budgétaires qui engagent leur avenir collectif. Ce collectif budgétaire doit être présenté avec pédagogie, expliqué avec clarté et assumé devant l’opinion publique. L’augmentation du prix du baril est une chance immense, à la condition sine qua non de ne pas la laisser, une fois de plus, s’évaporer.
Par David MBADINGA
Ingénieur
Ancien Ministre
Président de l’UPG-L









