L’étincelle est venue du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC). Son président, Guy Bertrand Mapangou, a officiellement évoqué le rétablissement de la sentence suprême lors de la cérémonie des vœux, y voyant une réponse possible à l’insécurité croissante. Face à cette proposition, le Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema, a choisi de ne pas s’opposer, mais de s’en remettre à l’arbitrage du peuple. En renvoyant cette décision à un futur référendum, le Chef de l’État place chaque citoyen devant une responsabilité morale sans précédent : celle de décider du droit de vie ou de mort.
Pour l’organisation SOS Prisonniers Gabon, cette perspective est vécue comme un signal d’alarme. L’association refuse que l’on remette en cause un droit humain fondamental sous le couvert d’une consultation populaire. Elle rappelle avec fermeté que la peine de mort est non seulement cruelle, mais surtout inefficace. Selon les défenseurs des droits de l’homme, aucune étude n’a jamais prouvé que la menace de l’exécution réduisait durablement la criminalité. Au contraire, le rétablissement d’une telle peine dans un système judiciaire où la police scientifique manque encore de moyens et où la magistrature reste vulnérable aux influences ferait peser un risque permanent d’erreur judiciaire irréversible.
L’association souligne que le véritable frein à la justice au Gabon n’est pas l’absence de la peine capitale, mais l’impunité qui semble protéger certains auteurs de crimes graves. SOS Prisonniers s’interroge sur le silence entourant les dossiers de Karl Stacy Akoué, torturé à mort par des agents en 2023, ou de Johan Bounda, décédé en détention à la fin de l’année 2024. Pour l’organisation, réclamer la mort alors que ces affaires restent impunies est une diversion qui occulte le besoin urgent d’une justice réellement indépendante et équitable.
En s’opposant à ce projet de référendum, SOS Prisonniers Gabon appelle Brice Clotaire Oligui Nguema à préserver l’héritage abolitionniste de 2010.
L’organisation exhorte la nation à ne pas céder à une tentation populiste qui consisterait à répondre à la violence par la violence d’État. Pour ces militants, la grandeur du Gabon ne résidera jamais dans le retour de la potence, mais dans sa capacité à humaniser ses prisons et à garantir à chaque citoyen, même le plus faible, une justice qui protège la vie plutôt que de l’ôter.










