Loin des projecteurs des grands groupes cotés en bourse, la compagnie familiale Perenco cultive une opacité qui sied à ses méthodes. Pourtant, les chiffres déterrés par l’Environmental Investigative Forum et l’EIC sont sans appel puisque au Gabon, Perenco est le principal architecte du grignotage des aires protégées. Sur les 56 125 km² de licences pétrolières qui empiètent sur les zones de conservation du pays, la firme détient la part du lion et surpasse même TotalEnergies en nombre de zones impactées localement.
Cette domination géographique n’est que la face visible d’un sombre historique de négligence environnementale. En 2021, la société civile gabonaise et des ONG comme le ROLBG avaient déjà dénoncé des fuites massives d’hydrocarbures dans la zone d’Etimboué. Ce passif est jalonné de pollutions des sols et des rivières à Omoueyi qui ont privé les populations locales d’eau potable, ainsi que de fuites de brut répétées dans les lagunes sensibles. Les infrastructures vieillissantes de la compagnie, spécialisée dans le rachat de champs matures en fin de vie pour en extraire les dernières gouttes, montrent ici leurs limites tragiques alors que la firme est régulièrement accusée de minimiser les volumes de pétrole déversés lors des incidents.
Le rapport « Fueling Ecocide » démontre avec précision comment Perenco transforme les réserves naturelles en sites industriels à ciel ouvert. La Réserve de Mandji-Etimboué est littéralement assiégée par une constellation de licences opérées ou détenues par la firme à l’image des permis Merou-Sardine, Oguendjo, Moukouti, Igogo et Gombe Marine. Cette stratégie d’exploitation intensive fragmente les corridors biologiques et expose des écosystèmes fragiles à des risques de marées noires permanents. En rachetant des actifs dont les grandes majors ne veulent plus, Perenco prolonge l’agonie des puits au détriment de la sécurité environnementale la plus élémentaire.
Avec 74 zones protégées impactées dans le monde, Perenco s’est hissée au sommet du classement des prédateurs de la biodiversité. Au Gabon, cette emprise se traduit par un mépris flagrant des conventions internationales puisque des sites RAMSAR d’importance mondiale comme le Bas-Ogooué ou la zone de Gamba sont aujourd’hui sous la menace directe des permis d’exploration et de production de la compagnie. Pour Perenco, les aires protégées gabonaises ne semblent être que des obstacles administratifs sur une carte de prospection. En occupant désormais la deuxième place mondiale pour le chevauchement global des licences, le Gabon paye le prix fort de sa complaisance envers une firme qui a fait du risque environnemental le cœur de son modèle économique.










