Le secteur minier gabonais, pilier de l’économie nationale, est-il un colosse aux pieds d’argile ? C’est ce que laisse entendre Mégane Kouna. Selon l’experte, le pays, pourtant deuxième producteur mondial de manganèse, laisse filer une part colossale de sa richesse. « L’État gabonais perd chaque année plusieurs dizaines de milliards de francs CFA faute d’un système de contrôle efficace, transparent et automatisé de la production, du transport et de la commercialisation des minerais », avertit-elle d’emblée.
Si le manganèse concentre l’attention, c’est l’or qui illustre le mieux l’anarchie actuelle. Pour la PDG de Talex, le constat est sans appel : « Pour le seul secteur aurifère – dominé par l’orpaillage –, les mines à petite échelle et les mauvaises pratiques font perdre environ 50 milliards de francs CFA par an à l’État gabonais ». Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg. En sommant l’ensemble de l’activité minière, « les pertes liées à ces faiblesses de contrôle pourraient dépasser 80 milliards de FCFA par an », précise-t-elle, pointant du doigt « la sous-déclaration de volumes, des exonérations fiscales, des clauses de stabilisation ou encore d’un suivi quasi inexistant des exportations ».
Au-delà des chiffres, Mégane Kouna souligne un déséquilibre de pouvoir dangereux entre l’administration et les opérateurs privés. « Ce déficit d’information affaiblit considérablement la capacité de l’État à défendre ses intérêts économiques », explique-t-elle à Forbes Afrique. Sans données fiables, le Gabon naviguerait à vue : « Les autorités disposent de données incomplètes ou approximatives sur les volumes réellement extraits, exportés et vendus, ce qui rend impossible un calcul juste des redevances et impôts dus ».
Cette opacité aurait également des conséquences directes sur les populations et l’environnement. « Sans traçabilité, il est difficile de vérifier le respect des normes de sécurité, des plans de réhabilitation ou des engagements vis-à-vis des communautés riveraines », déplore la dirigeante. Pour elle, le contrôle n’est pas qu’une affaire de comptabilité, c’est un impératif moral : « Il s’agit de faire en sorte que l’exploitation des ressources minières serve d’abord le développement national ».
Face à ces défis, Mégane Kouna prône une révolution dans la gouvernance minière. La solution ? Un audit complet et une automatisation des processus. « La reprise en main du secteur minier gabonais passe d’abord par un audit complet des contrats existants et des flux financiers afin d’identifier les déséquilibres et les pertes de revenus », insiste-t-elle.
Par le biais de sa société Talex, elle propose un système intégré de suivi. « Notre approche permet à l’État de connaître en temps réel et continu les volumes extraits, transportés et exportés », détaille-t-elle, avant de conclure que cette méthode « ne se limite pas à un contrôle technique, mais constitue un outil de gouvernance qui redonne à l’État le contrôle réel de son sous-sol et la valeur qu’il génère ».
Alors que le Gabon ambitionne de multiplier la valeur ajoutée de ses ressources par « trois ou quatre » grâce à la transformation locale, l’alerte de Mégane Kouna résonne comme une urgence : celle de bâtir une véritable « nation industrielle souveraine » sur des bases enfin transparentes.










