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Gabon – De Christiane Bitougat à Bilie-By-Nze : Les voix s’unissent pour exiger la libération de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo

C'est désormais la roue libre entre le gouvernement et les syndicats de l’Éducation nationale, principalement SOS Éducation, suite aux interpellations successives de Marcel Libama, le lundi 19 janvier, et de Simon Ndong Edzo, ce mardi 20 janvier. Ces deux figures emblématiques du mouvement social sont au cœur d'un bras de fer entre le ministère de l'Éducation nationale et les enseignants, alors que l'appel à la reprise des cours lancé par la ministre Camélia Ntoutoume Leclercq a été largement boycotté. De la société civile à la classe politique, les condamnations pleuvent.

Arnaud Mbeng Edou par Arnaud Mbeng Edou
21 janvier 2026
dans Actualités, Flash Infos, Les coulisses du pouvoir
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La société civile en alerte : SOS Prisonniers Gabon tire la sonnette d’alarme

Lionel Ella Engonga, président de SOS Prisonniers Gabon et ancien député de la Transition, a exprimé la profonde inquiétude de son organisation via une déclaration officielle sur les réseaux sociaux :

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« SOS Prisonniers Gabon a appris avec une profonde préoccupation l’arrestation des syndicalistes Marcel Libama, intervenue le lundi 19 janvier 2026 en fin d’après-midi, ainsi que celle de Simon Ndong Edzo, survenue très tôt ce mardi 20 janvier 2026. »

L’ancien parlementaire a poursuivi avec fermeté : « Dans un État de droit, l’expression d’une opinion, le soutien à une grève ou la participation à un mouvement social ne constituent ni un crime ni un délit. Ils relèvent des libertés fondamentales garanties par la Constitution, les conventions internationales et les principes démocratiques universels. Arrêter des leaders d’opinion pour leur prise de position en faveur d’une grève revient à criminaliser la liberté d’expression et à transformer le dialogue social en un affrontement répressif. Un État de droit ne réprime pas la parole, il l’encadre. Un État de droit ne muselle pas les grévistes il négocie. La prison ne remplacera jamais le dialogue social. La répression ne résoudra jamais les crises sociales. »

Parallèlement, le vice-président 2 du Conseil Économique, Social, Environnemental et Culturel (CESEC), Geoffrey Foumboula Libeka, a pu s’entretenir avec les deux leaders à la Direction Générale des Recherches. Mandaté par le président du CESEC, Guy Bertrand Mapangou, il a appelé à « une trêve sociale » tout en rassurant sur leur état : « Tous les deux sont bien portants et souriants, notre souhait étant une fois encore qu’ils recouvrent la liberté. »

Christiane Bitougat : Un appel solennel à la responsabilité du Chef de l’État

Ancienne présidente du Syndicat national de l’Éducation nationale et figure historique de la lutte syndicale, Christiane Bitougat interpelle directement le président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema. Forte de son expérience d’ancienne ministre de la Fonction publique, elle a livré une analyse dense à notre rédaction :

« Madame Bitougat intervient ici en tant qu’ancienne responsable syndicale, mais également en qualité d’ancienne ministre de la République. Ce double statut me permet de porter une appréciation sur la situation de crise scolaire que vit actuellement mon pays, le Gabon. Avant de rentrer dans le détail de mon propos, je voudrais rappeler une réalité, voire un principe, qui veut que les syndicats et les pouvoirs publics ne sauraient être des ennemis, mais plutôt des partenaires, dans la mesure où ils poursuivent le même but, à savoir le développement et le bien-être des populations. »

Elle a ensuite rappelé les précédents historiques sous l’ère Omar Bongo : « Or, depuis toujours, même du temps où je dirigeais le syndicat de l’éducation nationale, entre parenthèses Sénat, cette situation conflictuelle existait malheureusement. Elle ne prit fin que dès l’instant où le président Bongo, Omar, je veux dire, Omar Bongo, avait fait sienne l’idée selon laquelle les partenaires sociaux ne sauraient se regarder en chien de faïence avec les autorités publiques. Dès lors, le climat était propice aux négociations, et aux échanges quasi permanents. […] La concertation se doit d’être toujours le maître mot. Pour ce faire, chaque partenaire devrait pouvoir mettre de côté son égo. »

Face au blocage actuel, son jugement est sans équivoque : « La situation actuelle n’est donc pas insoluble. […] Il faut savoir qu’en termes de responsabilité, celle des pouvoirs publics est largement supérieure à celle des syndicats des enseignants. Dit autrement, en cas d’échec ou de succès, la responsabilité officielle et suprême incombe au chef de l’État. Donc, la balle est dans le camp de la responsabilité. La responsabilité officielle est la responsabilité du chef de l’État, qui en sa double qualité de président et de chef de gouvernement. Car c’est lui qui détermine la politique de la nation et en assure l’exécution. Le serment républicain que le président a prêté le 4 septembre 2023 l’oblige, tant il est vrai qu’à cette occasion, il avait pris l’engagement solennel de restaurer les institutions ainsi que la dignité du peuple gabonais. Aussi, l’on ne peut que s’étonner qu’il existe un déphasage entre le dire et le faire. »

Elle fustige enfin les dérives constatées : « La cinquième république que le président a instaurée appelait par conséquent de nouvelles pratiques qui devraient se résumer en rejet des vieilles méthodes telles que l’intimidation, l’arrestation, la corruption, l’arbitrage, les menaces et les incarcérations. Aujourd’hui, il y a lieu de privilégier d’autres paramètres, c’est-à-dire prendre réellement en compte les revendications des enseignants en les inscrivant dans une loi de programmation […]. J’ai cité Libama et Edzo, car ces derniers défendaient les enseignants et l’école gabonaise, c’est-à-dire les enfants qui sont l’avenir du Gabon. Ils l’ont fait à travers une procédure constitutionnelle qui est le syndicat. En les libérant et en trouvant des solutions aux revendications des enseignants, le président restaurera la dignité des enseignants. »

Ensemble pour le Gabon (EPG) : Le front politique dénonce une dérive autoritaire

Le parti d’opposition Ensemble pour le Gabon a vivement réagi par un communiqué signé de son président, l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze :

« C’est avec une vive préoccupation que nous avons appris l’interpellation de Messieurs Simon Ndong Edzo et Marcel Libama, figures du mouvement syndical au Gabon. Ces arrestations, qui interviennent après celles du journaliste Roland Olouba Oyabi et de Fernand Bob Mengome, constituent la preuve manifeste d’une dérive autoritaire qui menace l’État de droit dans notre pays. EPG rappelle que la Constitution garantit la liberté syndicale, la liberté d’expression et la liberté de la presse. […] Le statut de retraité ne constitue en aucune manière une extinction de la citoyenneté ou des libertés publiques. Le soutien moral, intellectuel ou discursif à un mouvement social relève de l’exercice normal des libertés syndicales et citoyennes. Assimiler ce soutien à un trouble à l’ordre public constitue une dérive juridique dangereuse. […] La Terreur n’a pas sa place au Gabon. Nous condamnons ces interpellations et exigeons la remise en liberté immédiate. »

Si le communiqué officiel se veut institutionnel, Alain-Claude Bilie-By-Nze s’est montré plus incisif sur le réseau social X la veille : « Marcel Libama que nous apprenons à l’instant est confirmée, ce serait une preuve supplémentaire de la dérive autoritaire d’un régime qui préfère l’argument de la force à la force de l’argument. Les demandes des enseignants, qui sont anciennes et connues de tous, sont parfaitement légitimes et méritent un traitement sérieux, loin des intimidations et du bricolage. »

De son côté, Jean Valentin Leyama, ancien député de la Transition et cadre de REAGIR, dénonce une rupture avec l’esprit de la Transition : « L’arrestation de Marcel Libama et Simon Edzo, deux syndicalistes connus pour la constance de leur engagement en faveur de l’amélioration du secteur éducatif est un acte particulièrement grave, en violation de la Constitution qui garantit à la fois la liberté syndicale et le droit de grève. C’est un immense recul et un renoncement aux engagements de renouveau démocratique pris lors de la mise en place de la Transition. Cette inclinaison est d’autant plus préoccupante qu’elle a commencé contre des voix libres, notamment des journalistes. »

Vers une paralysie générale ?

Guilou Bitsutsu-Gielessen, sollicité par notre rédaction, a mis en garde contre les risques d’une escalade incontrôlée :

« L’arrestation des syndicalistes retraités est un très mauvais signal envoyé a l’opinion. Pour rappel, nous n’avons pas cessé d’interpeller les pouvoirs publics sur la fragilisation sociale des populations par le coût élevé de la vie. Aussi, sortir de la crise des enseignants ne se fera pas par une mesure miracle, mais par une combinaison de gestes forts immédiats pour apaiser le climat, et d’engagements réformateurs profonds et soutenus dans le temps. En effet, c’est en restaurant la confiance entre l’État et ses enseignants que l’école Gabonaise pourra se relever et jouer son rôle essentiel dans le développement du pays. Par conséquent, le gouvernement doit s’engager à régler au plus vite les revendications des enseignants… Gagner du temps pour régler ce conflit est dangereux… Cette grève pourrait par effet domino entraîner une autre grève, qui entraîne une autre.. ! Le risque est une paralysie générale… »

Enfin, Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, député de l’Union Nationale, a conclu avec une fermeté laconique : « Une chose est certaine : tenter de réduire Marcel Libama au silence ne sera jamais une solution à la crise du secteur Éducation. »

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