« L’histoire n’est pas écrite par ceux qui se taisent, mais par ceux qui osent. »
En ce jour marquant le deuxième anniversaire de la Libération, je rends hommage à notre mouvement Appel à Agir. Hommage à ces femmes et à ces hommes courageux qui, dans les heures les plus sombres de notre histoire politique, ont osé poser une question simple mais interdite : « Qui dirige le Gabon ? »
Je me souviens encore du jour où Jean Gaspard Ntoutoume Ayi nous a embarqués dans ce projet historique. Nous étions nombreux au départ, mais dix seulement ont répondu présents. Dix Gabonais qui ont choisi de rompre le silence.
Ce jour-là, dans la salle du Tribunal, mes yeux se posèrent sur le tableau d’audience : Placide Aubiang Nzeh et consorts contre Ali Bongo Ondimba. Le motif paraissait technique : demander à un médecin indépendant d’évaluer l’état de santé du Chef de l’État. Mais derrière ces mots juridiques se cachaient une audace immense, et surtout des valeurs de vérité et de justice.
Je me souviens encore du coup de fil de mon oncle, magistrat, à ma mère déjà fragilisée par un AVC : « Ton fils a-t-il perdu la tête ? » Je revois l’inquiétude dans les yeux de ma mère chaque fois que mon nom apparaissait dans les articles de presse. Je revois ma femme, tentant de masquer son angoisse derrière un silence lourd de sens. Certains cousins, par crainte de représailles, ont préféré garder leurs distances.
Mais au milieu de ces peurs et de ces doutes, une conviction ne m’a jamais quitté : un engagement reste un engagement.
À cette époque, j’écrivais les premières pages de ma thèse de doctorat, tout en portant le poids d’un combat qui dépassait ma propre personne. Mettre le Gabon devant, c’était accepter de reléguer sa vie personnelle au second plan.
Depuis quelques jours, une série de vidéos remet en lumière l’action d’Appel à Agir. Elles rappellent une vérité simple : dans l’histoire politique récente de notre pays, il n’y a pas eu de neutralité possible. Certains se cachaient sous leurs lits, d’autres brillaient dans les salons du pouvoir, mais dix Gabonais seulement ont osé défier un régime liberticide. Et leur question résonnait comme un tonnerre : « Qui dirige le Gabon ? »
Cet écho, porté avec courage, a fini par atteindre les casernes. Et la suite, nous la connaissons.
Comme l’a écrit Jean Serge Obame Mba : « L’histoire ne se trompe jamais. Elle classe les uns dans le camp des résistants et les autres dans celui des courtisans. »
En ce jour, je tiens à rendre hommage à mes compagnons de route, ceux avec qui j’ai partagé ce combat.
• Elza-Ritchuelle Boukandou – Pour ton intelligence vive et ton courage de femme debout. Tu as montré que le combat n’a pas de genre.
• Noël Bertrand Boundzanga – Pour ta plume tranchante et ton audace sans détour. Tes mots furent des éclairs dans nos ténèbres.
• Franck Ndjimbi – Pour ton expérience et ta voix de sagesse qui nous ont maintenus debout face aux tempêtes.
• Nicolas Nguema – Pour ton calme et ta rigueur, rappelant que la force réside aussi dans la sérénité.
• Jean Gaspard Ntoutoume Ayi – Pour ta vision, ta constance et ton patriotisme sans faille.
• Anges Kevin Nzigou – Pour ton audace d’avocat, toi qui as rappelé que la loi peut libérer, pas seulement opprimer.
• Marc Ona Essangui – Pour ton combat d’une vie, toi qui as fait de la vérité ton héritage.
• Edgard Owono Ndong – Pour ton courage politique, toi qui as porté la voix de l’institution sans trembler.
• Maxime Minault Zima – Pour ta dignité, ton refus de céder aux compromissions, même face aux menaces.
Et tous les autres membres d’Appel à Agir. Nous n’étions pas seulement dix, nous étions une multitude de consciences éveillées. Nous avons affronté la peur, la solitude, les intimidations, les menaces. Mais nous avons contribué à fissurer un système qui paraissait invincible.
Merci, pour tout.
Dr Placide Aubiang Nzeh
Membre d’Appel Agir