Au cœur de Libreville, la confrontation des chiffres a dévoilé une vérité brutale. En une décennie, ce sont près de 1 600 milliards de FCFA qui ont été mobilisés pour sortir le pays de l’ornière. Pourtant, devant Alexandre Barro Chambrier, le bilan présenté par les experts de la banque n’a laissé place à aucune ambiguïté sur l’inefficacité de la gestion publique. Cette rencontre, censée sceller la poursuite du partenariat, s’est transformée en une remise en question de l’incapacité de l’État à transformer cette manne financière en bénéfices concrets pour les citoyens.
Le secteur des infrastructures routières concentre à lui seul les preuves de cette dérive. Le projet Ndendé-Doussala, pourtant vital pour l’intégration régionale, reste enlisé à un taux de réalisation de 27 %, bien que les délais contractuels soient largement dépassés. Ce naufrage opérationnel témoigne d’un laxisme administratif que les hautes autorités ne semblent plus en mesure de contenir. Les retards systématiques et les faiblesses des entreprises sélectionnées par le gouvernement confirment que l’argent public se perd dans les rouages d’une bureaucratie incapable d’assurer le moindre suivi technique rigoureux.
Plus alarmant encore, les éléments rapportés par L’Union lèvent le voile sur des zones d’ombre concernant l’intégrité de la gestion des fonds. Dans le domaine agricole, l’échec des objectifs de développement est directement imputé à des détournements de fonds et de matériel. L’enveloppe de 64 milliards de FCFA allouée dès 2017 pour soutenir la production nationale s’est volatilisée sans laisser de trace tangible, illustrant une absence totale de contrôle au sommet de l’État. Ce pillage des ressources destinées aux populations rurales souligne une défaillance morale et technique de la gouvernance actuelle.
L’heure n’est plus aux promesses diplomatiques dans les palais de la République. Si l’institution financière envisage encore de soutenir les besoins futurs du pays à hauteur de 600 milliards de FCFA d’ici 2030, elle exige désormais une rupture radicale avec les pratiques du passé. Le vice-président se retrouve face à un défi immense : assumer la responsabilité de ces échecs et engager une réforme immédiate dans la gestion des projets.
Sans une reddition de comptes transparente, le Gabon continuera de s’enfoncer dans une spirale de dettes pour financer une stagnation devenue chronique.






