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Gabon : Les victimes de 2016 manifestent leur désarroi face au départ l’exil de Sylvia, Noureddine et Ali Bongo et réclament justice

Au lendemain du départ controversé d'Ali Bongo, de son épouse Sylvia et de leur fils Noureddine pour l’Angola, l'association Réconciliation, voix des victimes des violences post-électorales de 2016, a organisé une protestation pacifique poignante devant le ministère de la Justice. Ces Gabonais, marqués à vie par les événements tragiques d'il y a huit ans, expriment leur profonde désolation et réclament avec force justice et réparation, se sentant doublement lésés par le sort réservé à l'ancienne famille présidentielle.

Arnaud Mbeng Edou par Arnaud Mbeng Edou
20 mai 2025
dans Actualités, Gouvernance, Opinion
Gabon : Les victimes de 2016 manifestent leur désarroi face au départ l’exil de Sylvia, Noureddine et Ali Bongo et réclament justice, photo DR.

Gabon : Les victimes de 2016 manifestent leur désarroi face au départ l’exil de Sylvia, Noureddine et Ali Bongo et réclament justice, photo DR.

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Des témoignages poignants de souffrance et d’injustice

Aïcha Claudine Tsoumbou, la présidente de l’association Réconciliation, a pris la parole avec une émotion palpable, dénonçant avec véhémence la décision du ministère de la Justice. “Nous sommes là pour exprimer notre désolation, notre indignation par rapport à la prise de décision venant du ministère de la Justice,” a-t-elle déclaré, soulignant que les ordres de laisser partir l’ex-famille Bongo émaneraient des plus hautes sphères de l’État. Elle a rappelé avec douleur que les membres de son association sont des “Gabonais qui ont été assassinés, volontairement assassinés par l’armée gabonaise,” affirmant détenir des preuves de ces actes.

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Tsoumbou a ensuite mis en lumière la détresse physique et psychologique des victimes, évoquant le cas d’Eyi Bekale, contraint de vivre avec un fragment métallique dans le corps depuis 2016, conséquence directe des tirs lors des violences. “Depuis 2023 on se plaint, le président (Ndlr : Brice Clotaire Oligui Nguema) n’a jamais trouvé utile et nécessaire et urgent d’emmener celui-là à l’hôpital,” a-t-elle déploré. Elle a également mentionné d’autres victimes portant des balles et celles ayant perdu des proches. “Nous avons besoin d’un psychologue. Nous avons besoin de pleurer nos morts. Nous avons besoin de la vérité en urgence.”

Jamal, une autre victime présente, a partagé son propre calvaire, racontant avoir été touché par deux balles en 2016, lui laissant des séquelles physiques persistantes. “Ce qui nous amène aujourd’hui à vous appeler, c’est parce que c’en est de trop,” a-t-il affirmé avec une voix empreinte de lassitude. Il s’est interrogé sur la logique d’autoriser le départ de ceux qui étaient au pouvoir au moment des faits, tandis que les victimes continuent de souffrir sans reconnaissance ni soutien adéquat.

Le témoignage poignant de César Mavioga, vice-président de l’association, a ajouté une dimension tragique à cette protestation. Il a raconté la perte de son fils et de son petit-fils en 2016, abattus alors qu’ils n’étaient pas impliqués dans les manifestations. “On a tué mon fils devant la maison,” a-t-il déclaré avec une douleur vive. Mavioga a dénoncé l’inertie de la justice face à leur plainte et le sentiment d’être ignorés par les nouvelles autorités. “Nous avons demandé au chef de l’État, chef de la transition, président de la transition, nous avons demandé à le rencontrer. Il n’a pas dénié de nous rencontrer. Parce que nous sommes des moutons.” Il s’est interrogé amèrement sur le sens du “coup de libération,” se demandant si celui-ci n’a profité qu’à l’ancienne famille présidentielle.

Hortense Mengue Messa a livré un récit déchirant du décès de son jeune frère, tué “délibérément devant la maison.” Elle a dénoncé le manque de reconnaissance officielle des victimes et l’existence d’une “justice à double vitesse.” Elle a témoigné en sanglots lorsqu’elle a évoqué les difficultés rencontrées pour récupérer le corps de son frère et la menace des “escadrons de la mort.” Elle a également souligné l’injustice de la libération de Sylvia et Noureddine Bongo pour raisons de santé, alors que d’autres victimes, malades et blessées, avaient été maintenues en prison.

Emmanuel Moussounda a brièvement montré les balles toujours logées dans ses pieds depuis 2016, témoignant des souffrances physiques quotidiennes qu’il endure sans avoir jamais été opéré.

Un appel désespéré à l’écoute et à l’action

Le secrétaire général de l’association a conclu en exprimant l’“abasourdissement” des victimes face à la “légèreté” avec laquelle des décisions cruciales sont prises. Il a souligné leur inquiétude de voir “le bourreau” en liberté. “Nous sommes meurtris,” a-t-il déclaré. Il a rappelé l’espoir suscité par le coup d’État et la déception de constater une “continuité” dans le traitement de leur dossier. “Qu’en est-il de ces personnes qui ont des corps étrangers dans leur chair, qui souffrent depuis 9 ans, avec des risques de métastase et des risques cancérigène ? Donc c’est M. Noureddine, Mme Sylvia et M. Ali Bongo qui sont plus importants que nous ? Non, aux yeux de la justice, nous sommes tous égaux.”

Les victimes ont lancé un appel poignant au président de la République, lui demandant de les écouter et d’agir concrètement pour soulager leurs souffrances et reconnaître le préjudice subi. Ils ont insisté sur le fait que les moyens financiers existent et qu’il ne manque que la volonté politique pour leur apporter un soutien médical et psychologique indispensable. Leur message était clair : leur silence a assez duré, et ils continueront à se battre pour obtenir la justice et la réparation qu’ils méritent.

Le nouveau régime apportera-t-il enfin une réponse à leurs attentes ? La mise en place d’une commission vérité, justice et réconciliation figurait parmi les promesses de campagne de l’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, qui a perdu l’élection présidentielle du 12 avril face à Brice Clotaire Oligui Nguema.

Avec Gabonactu

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