Trois ans que le régime d’Ali Bongo n’est plus, mais les vieilles habitudes de gestion semblent avoir la peau dure à la Gabon Oil Co (GOC). Selon les révélations d’Africa Intelligence ce 7 avril 2026, un dossier brûlant vient entacher les premiers pas économiques de la nouvelle République. La société nationale est sommée de restituer 29,1 milliards de francs CFA (51,2 millions de dollars) au Trésor public, une somme issue de la vente des actifs de Tullow Oil en juillet 2025.
Le hold-up légal de la GOC sous le regard de l’État
Dans le cadre du rachat des actifs de Tullow pour 307 millions de dollars, la GOC, sous la direction de Marcellin Simba Ngabi, a agi comme collecteur d’impôts en retenant à la source la plus-value due à l’État. Mais cet argent, prélevé sur une transaction pétrolière majeure, n’a jamais été reversé aux caisses publiques.
Ce n’est plus une simple erreur comptable, c’est une rétention de fonds publics par une entité d’État, au détriment du budget national. Comment justifier qu’une entreprise publique s’approprie des recettes fiscales alors que le pays cherche désespérément à financer ses nouvelles institutions ?
La faillite de l’autorité au sommet
Si la responsabilité de Marcellin Simba Ngabi est directement engagée, le silence et la passivité de l’État interrogent. Pourquoi le ministère de l’Économie a-t-il accordé un échéancier de complaisance en six versements à une société qui dispose de revenus pétroliers immédiats ?
Ce laxisme est d’autant plus inacceptable que nous sommes désormais hors de la période d’exception de la Transition. À l’approche de l’échéance finale de fin avril 2026, la GOC n’est toujours pas à jour. Ce retard de paiement démontre une incapacité flagrante de l’État à faire respecter la loi à ses propres démembrements, discréditant le discours de rigueur tenu devant les opérateurs privés.
Opacité et double jeu face aux bailleurs
Ce trou financier tombe au pire moment pour le Gabon. Alors que le président Brice Clotaire Oligui Nguema tente de sceller un nouveau programme avec le Fonds monétaire international (FMI) pour stabiliser une dette qui culmine à 71,2 % du PIB, l’opacité des comptes de la GOC fait désordre.
L’État peut-il exiger la transparence des autres acteurs économiques quand son propre bras armé pétrolier s’affranchit des règles fiscales élémentaires ? Pour Marcellin Simba Ngabi, le temps des privilèges touche à sa fin. Pour l’État, c’est la crédibilité de la Vème République qui est mise à l’épreuve : le changement est-il réel ou n’est-ce qu’un ravalement de façade pour masquer les mêmes dérives ?







