Le 6 avril dernier, Balthazar Ngonga Ejo a annoncé la suspension provisoire des activités de la Commission, officiellement motivée par un défaut de liquidités. Pourtant, l’analyse des données comptables de l’institution révèle une situation budgétaire marquée par d’importants défauts de recouvrement volontaire.
Un bilan comptable alarmant
Les chiffres officiels de l’Agence Comptable Centrale de la CEMAC pour l’exercice 2025 dévoilent l’ampleur des difficultés financières. Sur un total de TCI exigible s’élevant à plus de 279 613 634 696 FCFA, seuls 31 098 684 321 FCFA ont été effectivement recouvrés au cours de l’année. Les arriérés accumulés par les États membres au 31 décembre 2024 s’élevaient déjà à 227 696 334 696 FCFA. L’état des contributions par pays souligne des disparités importantes au terme de l’exercice 2025. La République centrafricaine (RCA) affiche une contribution nulle, portant son reste à recouvrer total à 61 807 658 456 FCFA. Le Cameroun demeure le plus gros débiteur en volume avec une dette globale évaluée à 59 980 436 200 FCFA. Le Congo et le Tchad présentent des restes à recouvrer respectifs de 52 236 367 013 FCFA et 49 140 809 492 FCFA. La Guinée Équatoriale affiche une créance de 34 101 450 683 FCFA en faveur de la Communauté. Le Gabon fait figure d’exception en ayant dépassé ses prévisions de contributions pour 2025, ramenant sa dette résiduelle à 6 115 549 486 FCFA. Au total, la dette cumulée des États vis-à-vis de la Communauté atteint le montant de 263 382 271 330 FCFA.
La problématique de la gestion du recouvrement
Au-delà de la situation comptable, la méthode de Balthazar Ngonga Ejo suscite des interrogations. Alors que le droit communautaire permet de solliciter la BEAC pour prélever directement les contributions sur les comptes des États membres, le président de la Commission n’a pas activé ces leviers de coercition. Cette absence de recours aux mécanismes juridiques disponibles, couplée à l’annonce de la suspension des activités, est perçue par certains observateurs comme une forme d’irresponsabilité. En déléguant la mobilisation des fonds à sa vice-présidente plutôt que d’assumer directement ces prérogatives, l’exécutif de la Commission semble en difficulté face aux États membres. Pour cet ancien ministre de l’Intégration de Guinée Équatoriale, qui a pratiqué ces rouages pendant quinze ans, l’incapacité actuelle à stabiliser les ressources financières de l’institution est analysée comme une défaillance dans la gestion des équilibres communautaires.
La stratégie de la suspension des activités place aujourd’hui la Commission dans une impasse. Le refus d’exercer les pouvoirs de recouvrement d’office limite drastiquement les capacités d’action de l’institution. Face à une créance globale de 263,3 milliards de FCFA, la survie de la CEMAC nécessite une remise à plat d’un système de gouvernance qui semble avoir cessé de produire des résultats opérationnels pour privilégier une mise en scène de son propre assèchement financier.










