Tribune libre. Par Yves Fernand Manfoumbi
Réformer n’est pas subir. Alors que le gouvernement s’apprête à négocier, dans quelques semaines à Washington, un nouvel accord avec le FMI, Yves Fernand Manfoumbi refuse l’alternative entre immobilisme et austérité aveugle. Il dessine les contours d’une nouvelle responsabilité gabonaise : muscler les recettes hors pétrole et assainir la dépense publique, sans pour autant sacrifier la paix sociale ni les investissements stratégiques.
À chaque négociation économique internationale, le débat se radicalise : pour certains, toute réforme serait une contrainte extérieure ; pour d’autres, elle devrait être appliquée avec une rigidité purement technocratique. La vérité est plus exigeante : un programme ne réussit que lorsqu’il est économiquement crédible, politiquement soutenable et socialement accepté.
Le Gabon doit aujourd’hui envoyer un signal clair : la gestion publique entre dans une nouvelle phase de responsabilité. Cela implique de renforcer les recettes non pétrolières, de moderniser l’administration fiscale et de réduire les exonérations inefficaces afin de limiter la vulnérabilité aux chocs pétroliers.
Mais la crédibilité ne repose pas seulement sur les recettes. Elle dépend surtout de la qualité de la dépense publique. L’objectif n’est pas de réduire aveuglément les budgets, mais de s’assurer que chaque franc investi soutient la croissance, la compétitivité et l’emploi. Investir dans l’énergie, les infrastructures et la transformation productive crée des effets durables ; financer des dépenses inefficaces fragilise l’avenir.
La réforme doit aussi concerner les entreprises publiques, acteurs stratégiques du développement. Leur performance doit être renforcée par plus de transparence, de discipline de gestion et d’exigence de résultats.
Cependant, aucune réforme ne peut réussir si elle ignore la réalité sociale. Les dépenses essentielles liées à l’éducation, à la santé et à la protection sociale doivent être préservées. Les ajustements les plus sensibles doivent être progressifs, afin de maintenir la cohésion nationale et la stabilité politique.
La véritable responsabilité consiste donc à trouver un équilibre entre discipline économique et stabilité sociale. Le Gabon dispose d’atouts majeurs – ressources naturelles, position stratégique, potentiel industriel – mais leur valorisation exige une vision cohérente : transformer l’économie sans fragiliser la société.
La réforme n’est pas une contrainte subie. Lorsqu’elle est bien négociée, elle devient un choix souverain pour renforcer la crédibilité du pays, protéger les équilibres sociaux et préparer une croissance durable.
Réformer, oui. Mais réformer avec lucidité, responsabilité et sens de l’intérêt national.






