Par Guilou Bitsutsu-Gielessen
L’Exécutif au garde-à-vous : une centralisation assumée
La marque de fabrique de ce début de septennat est, sans conteste, la concentration des pouvoirs au Palais Rénovation. Sous l’égide de la nouvelle Constitution, la fonction de Premier ministre a disparu, faisant du chef de l’État le pilote direct du gouvernement. Cette mainmise s’est cristallisée le 1er janvier 2026 avec la formation d’une équipe de mission où les ministères régaliens comme l’Intérieur, la Défense et la Justice sont tenus par ses plus fidèles alliés.
Cette verticalité se veut exemplaire. En prévenant que chaque gestionnaire devra rendre compte de ses actes, Oligui Nguema a placé son mandat sous le signe de la fin de l’impunité. Le procès historique d’Ali Bongo et de ses proches, qualifié d’étape cruciale pour la vérité face à une économie détruite et une dette abyssale, illustre cette volonté de solder les comptes du passé. Sur le terrain, cette efficacité s’appuie sur le Génie Militaire, devenu le bras armé du développement pour les chantiers routiers urbains, quitte à bousculer la place des entreprises civiles locales.
Le défi de la souveraineté : l’économie au service de l’État
Sur le front économique, le président mène une stratégie de reconquête visant à reprendre le contrôle des secteurs stratégiques. Malgré un héritage lourd avec plus de 3 000 milliards de FCFA de dette déjà remboursés, le Gabon a fait l’acquisition d’Assala Energy et de Tullow Oil. Grâce à ces rachats, la Gabon Oil Company est devenue un acteur majeur gérant plus de 80 000 barils par jour, une manne qui finance désormais directement les projets sociaux du président.
Parallèlement, la bataille de la transformation locale a pris une dimension nouvelle avec l’application stricte de l’interdiction d’exporter des ressources brutes. Du bois au manganèse, les investisseurs n’ont plus d’autre choix que de construire des usines sur place, dopant l’activité des Zones Économiques Spéciales. Cette dynamique de souveraineté est soutenue par une modernisation de l’administration et un assainissement des finances publiques, notamment via la digitalisation judiciaire et la création de nouvelles recettes comme les péages.
Le contrat social : des avancées et des impatiences
Le lien de confiance avec la population repose sur des mesures concrètes qui répondent à l’urgence sociale. Le maintien de la gratuité des inscriptions scolaires, la distribution massive de titres fonciers et la relance des programmes de logements sociaux ont été les piliers de cette année. Le ciel gabonais s’est également ouvert avec l’essor de Fly Gabon et la poursuite de la Transgabonaise, symboles d’un pays qui renforce son image de nation en mouvement.
Toutefois, le tableau n’est pas sans ombres car l’inflation demeure le principal point noir du quotidien.
Malgré les subventions sur le gaz et certains produits de base, le gouvernement peine à stabiliser le prix des denrées importées, ce qui alimente une certaine impatience dans les quartiers populaires. La stabilité sociale, bien que préservée pour le moment, reste à la merci de l’évolution du coût de la vie et de la soutenabilité de la dette à long terme.
Une diplomatie de la respectabilité
À l’international, le président a réussi son pari diplomatique en rendant le Gabon à nouveau fréquentable. Réintégré au sein de l’Union Africaine et du Commonwealth après son élection démocratique, le pays joue à nouveau les médiateurs respectés en Afrique Centrale face aux crises sécuritaires voisines. Le soutien de puissances régionales comme l’Égypte pour cette transition réussie conforte la légitimité d’un régime qui a su convaincre au-delà des frontières nationales.
La difficile équation de la rupture
C’est ici que le bât blesse pour certains observateurs. Si la rupture avec la politique politicienne est proclamée, la présence de personnalités issues de l’ancien régime au sommet de l’État, à l’instar du vice-président Alexandre Barro Chambrier, fait craindre à certains analystes une simple continuité. L’exercice de l’autorité suscite également des crispations, comme en témoignent la longue grève des enseignants en janvier et les controverses autour de la suspension temporaire de réseaux sociaux, perçues par la société civile comme une dérive autoritaire.
En conclusion, Brice Clotaire Oligui Nguema s’emploie à incarner un chef de guerre de la rigueur et de la souveraineté. Sa gouvernance centralisée a permis des avancées économiques et judiciaires notables en un temps record. Mais le pari de la rupture reste fragile, tiraillé entre la persistance d’anciennes pratiques et les attentes élevées d’une population en quête de lendemains meilleurs. S’il a réussi à transformer l’essai de la transition en un mandat stable, le défi sera désormais de prouver que cette concentration des pouvoirs peut profiter durablement à tous les Gabonais.







