À l’occasion de la cérémonie des vœux du Nouvel An, le maire central d’Oyem, Chen Sylvestre Mezui, a rompu avec les usages administratifs pour livrer un diagnostic sans concession sur le fonctionnement de son administration. Devant ses adjoints et les maires des deux arrondissements de la capitale provinciale du Woleu-Ntem, l’édile a dénoncé ce qu’il qualifie de « léthargie » et d’« amateurisme » généralisé au sein de l’exécutif local.
Le maire n’a pas utilisé de détours pour exprimer sa frustration face à ce qu’il perçoit comme une absence d’implication de ses collaborateurs. Selon lui, la charge de la gestion municipale reposerait sur ses seules épaules : « Je ne sens pas que j’ai des adjoints. Vous êtes là, vous occupez des bureaux, vous avez des voitures, mais quelle est la plus-value ? Je suis seul à réfléchir, seul à chercher des solutions, seul à monter des dossiers ! » a-t-il déclaré avec véhémence.
Il a notamment critiqué une routine de bureau dépourvue de résultats concrets, fustigeant le manque de notes techniques ou de projets émanant de ses adjoints : « Vous venez le matin, vous lisez les journaux, vous buvez votre café et à 15 heures, vous disparaissez. Ce n’est pas ça être un élu ! Je ne reçois aucune proposition, aucun projet, aucune note technique sur mon bureau. Rien ! »
Toutefois, cette sortie soulève des interrogations sur la compréhension du cadre législatif actuel. En affirmant avec force qu’il est « le seul maire », Chen Sylvestre Mezui semble faire fi de l’évolution du droit. La Loi organique n° 001/2014 du 15 juin 2015 relative à la décentralisation, qui régit les collectivités locales, maintient le principe de la subdivision des communes urbaines et l’autonomie des arrondissements.
Pour de nombreux observateurs, cette posture s’apparente à un abus de pouvoir mâtiné de mégalomanie, fondés sur une méconnaissance totale des textes et des mécanismes institutionnels. Sur le plan juridique, les maires d’arrondissements ne sont pas des subordonnés personnels, mais des autorités dotées de prérogatives de proximité. Prétendre le contraire traduit une volonté de centralisation excessive qui contredit l’esprit même de la décentralisation.
L’offensive du maire a également porté sur la dégradation du cadre de vie, renvoyant ses adjoints à leurs responsabilités de terrain :
> « Regardez l’état de la ville ! On ne peut même plus circuler. Vous avez des budgets pour la gestion de proximité, qu’en faites-vous ? »
C’est ici que le discours se heurte à la réalité des chiffres. S’il est aisé de pointer du doigt l’amateurisme des hommes, qu’en est-il de la disponibilité réelle des budgets ? Si les fonds étaient effectivement décaissés et disponibles, pourquoi toutes les communes du pays, sans exception, croulent-elles sous le poids des ordures ? Pointer la faillite des individus sans interroger le mécanisme de financement des collectivités ressemble à un écran de fumée pour masquer des lacunes structurelles.
Le choix d’une tribune publique pour ce recadrage interroge enfin sur la méthode. Si l’objectif est d’instaurer plus de transparence, les griefs liés à l’éthique auraient dû trouver leur place naturelle au sein du Conseil municipal. L’allusion à d’éventuels comportements inappropriés avec des opérateurs économiques locaux est restée au stade des non-dits.
Un maire ne devrait pas s’exprimer par insinuations. Pour une véritable démarche d’intégrité, il lui appartient soit d’utiliser son pouvoir de retrait des délégations, soit de dénoncer précisément les « magouilles » suspectées. En préférant le déballage flou au formalisme administratif, l’édile prend le risque de fragiliser l’institution.
Ce déballage met en lumière un besoin urgent de formation pour l’ensemble des élus locaux. La gestion d’une ville comme Oyem exige non seulement une volonté politique, mais aussi une maîtrise des textes fondamentaux et une gestion rigoureuse des finances publiques. Au-delà des éclats de voix, c’est toute la chaîne de commandement municipale qui semble aujourd’hui en quête de repères et de moyens.










