L’euphorie observée sur les marchés secondaires des euro-obligations de l’État à la suite de l’annonce d’un programme avec le FMI ne doit rien au hasard. Pour les analystes financiers, cet accord n’est pas un moteur de croissance, mais un instrument de discipline budgétaire imposé de l’extérieur.
D’un point de vue scientifique, l’intervention du FMI remplit une fonction de réduction de l’asymétrie d’information. En acceptant la surveillance du Fonds, le Gabon s’engage à une transparence accrue de ses comptes publics. Pour les marchés, cette mise sous tutelle est perçue positivement car elle limite l’aléa moral, puisque l’État ne peut plus dériver de sa trajectoire de remboursement sans risquer une rupture du programme. Cette annonce a provoqué une réduction immédiate des spreads, où l’écart de rendement entre les titres gabonais et les titres de référence s’est resserré, traduisant une baisse de la prime de risque accordée aux prêteurs plutôt qu’une amélioration de l’économie réelle. De plus, le FMI impose des cibles de déficit primaire qui sanctuarisent mathématiquement une part du budget pour le remboursement des intérêts, assurant ainsi aux banques et aux fonds d’investissement une prévisibilité totale sur leurs flux de trésorerie.
Le soutien du FMI déclenche souvent un effet catalyseur permettant au Gabon d’accéder à nouveau aux marchés de capitaux internationaux pour refinancer ses échéances. Cependant, cette dynamique crée un cercle vicieux de dépendance au refinancement où le Gabon emprunte de nouveau pour rembourser d’anciennes dettes. Les conditions de ces emprunts sont alors dictées par des agences de notation qui calquent leurs analyses sur les rapports du FMI. Parallèlement, le secteur bancaire local, très exposé aux titres publics, voit son bilan se stabiliser au détriment du financement du secteur privé, illustrant un net phénomène d’éviction.
Si les marchés réagissent positivement, c’est aussi parce que le programme de réajustement implique souvent une compression des dépenses de fonctionnement. Dans une économie où l’État est le principal moteur de l’activité, cette rigueur peut induire une contraction de la demande intérieure. La réaction positive des marchés financiers est ainsi souvent inversement proportionnelle à la flexibilité budgétaire d’un État pour répondre aux besoins sociaux urgents. Les créanciers saluent la réduction des subventions énergétiques ou le gel de la masse salariale, car ces économies comptables libèrent des ressources pour le service de la dette. Ce qui constitue une bonne nouvelle pour le rendement d’un gestionnaire de fonds à Londres s’apparente, par définition, à une contrainte d’austérité pour le contribuable gabonais.
En conclusion, l’enthousiasme des marchés face à l’accord Gabon-FMI valide une stratégie de survie financière à court terme. Le pays restaure sa signature, mais à un prix élevé : celui d’une politique économique pilotée par des indicateurs de solvabilité extérieure plutôt que par des objectifs de développement endogène. Pour les marchés, le Gabon est redevenu un bon actif ; pour l’économie réelle, le défi de la transformation reste entier. Dans tous les cas, programme de croissance économique ou plan d’ajustement structurel, si les créanciers peuvent trinquer, une chose est certaine, la note est adossée sur le dos des ménages.










