Le
passage en force comme doctrine
Gouverner, c’est choisir. Mais au Gabon, sous l’impulsion de Brice Clotaire Oligui Nguema, gouverner semble désormais signifier « se dispenser de discuter ». En multipliant les ordonnances — pas moins de quatre en l’espace d’un laps de temps record — le pouvoir actuel confirme une dérive inquiétante : la marginalisation systématique du Parlement.
Ce choix du timing interroge d’autant plus que le parti présidentiel, l’Union Démocratique des Bâtisseurs (UDB), est archi-majoritaire. Alors qu’il s’apprête à lancer une « Majorité Républicaine » avec ses alliés, l’Exécutif préfère l’ombre des intersessions à la lumière des travées de l’Assemblée nationale. Pourquoi une telle hâte si la majorité est acquise ? La réponse réside dans la nature même des textes promulgués.
Une architecture de la contrainte
Les documents officiels révèlent un arsenal législatif qui verrouille progressivement l’espace public. L’Ordonnance n°0004/2026 portant Code de la Nationalité, signée par Brice Clotaire Oligui Nguema, est sans doute le texte le plus inflammable, notamment son Article 67 qui introduit la déchéance de nationalité par simple décret pour « actions subversives », un flou sémantique dénoncé par Amnesty International comme un outil de « répression généralisée » visant les voix dissidentes.
Parallèlement, l’Ordonnance n°0012/2026 sur le Code de la Communication impose, en son Article 53, des obligations techniques drastiques sur l’intelligence artificielle sous peine de 10 ans de prison et 50 millions de FCFA d’amende. Enfin, l’Ordonnance n°0013/2026 réorganisant la Haute Autorité de la Communication confirme une mainmise totale du chef de l’État sur la nomination des membres de la HAC, enterrant l’espoir d’une régulation indépendante des médias.
Des sujets trop graves pour le silence
Comment un sujet aussi sacré que l’identité nationale — qui redéfinit qui est Gabonais et qui peut cesser de l’être — peut-il être tranché dans le secret d’un Conseil des ministres présidé par Brice Clotaire Oligui Nguema ? En agissant par ordonnance, le pouvoir évite l’exposition médiatique, les amendements gênants et les questions de fond. C’est la politique du fait accompli imposée à un peuple dont les représentants sont réduits à un rôle de chambre d’enregistrement a posteriori.
Pour les observateurs internationaux, cette déchéance s’opérant par « simple décision administrative » constitue le point le plus critique : l’éviction du juge indépendant au profit du pouvoir discrétionnaire de l’administration, transformant un droit fondamental en un outil révocable.
Une démocratie en apnée
On nous annonçait une ère de rétablissement des institutions. La réalité est brutale : nous assistons à une concentration des pouvoirs sans précédent entre les mains de Brice Clotaire Oligui Nguema. L’ordonnance, outil de célérité par excellence, est ici détournée pour devenir un outil d’éviction du pluralisme.
En choisissant la rapidité contre la concertation, l’Exécutif prend le risque de construire sur du sable. Car si les ordonnances s’enchaînent avec une fluidité déconcertante, elles creusent chaque jour davantage le fossé entre une gouvernance de cabinet et les aspirations profondes d’un peuple qui n’acceptera pas indéfiniment d’être mis devant le fait accompli.







