« Cette logique a un nom : la dictature »
Depuis le coup d’État du 29 août 2023, une constante semble guider le pouvoir, même après le scrutin d’avril dernier : l’exclusion. Pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, cette dérive se cache derrière des mots comme « régulation » ou « ordre public », mais la nature profonde du système est sans équivoque : « Cette logique a un nom : la dictature. »
Citant l’Évangile selon Luc, il dresse un parallèle cinglant entre les attentes sociales et la réponse sécuritaire : « Les Gabonais demandent de l’eau, on resserre sur eux l’étau de la censure. Ils demandent l’électricité, c’est la servilité qui leur est exigée. Ils demandent l’emploi et c’est la surveillance que, sur eux, l’on déploie. » Pour celui qui fut le **dernier Premier ministre d’Ali Bongo Ondimba, les slogans officiels masquent une réalité brutale : le gouvernement a pour priorités de « contrôler, interdire, censurer, intimider, emprisonner. »
Réseaux sociaux : « La fin de l’anonymat, le début de la peur »
Le point de friction majeur réside dans les textes publiés au Journal Officiel n°110 d’avril 2026. Ces ordonnances imposent une identification stricte via le Numéro d’Identification Personnel (NIP) pour accéder aux plateformes numériques.
Pour l’ancien locataire de la Primature, on dépasse ici le cadre de la simple loi. Il s’agit d’une « ingénierie du contrôle social ». Selon lui, « exiger le NIP pour accéder aux réseaux sociaux, c’est transformer chaque citoyen en individu traçable. C’est instaurer une société où parler devient un risque et où partager devient un délit potentiel. C’est la fin de l’anonymat, mais surtout le début de la peur. » Il affirme sans détour que « Big Brother n’est plus une fiction. Il est une réalité au Gabon », citant l’avertissement de George Orwell dans son roman 1984.
« Magie administrative » et verrouillage
Au-delà du fond, la forme interroge l’opposant. Bilie-By-Nze pointe du doigt un tour de passe-passe concernant des textes datés du 26 février 2026 mais parus seulement en avril, sans le forum citoyen promis. « Aucun débat, aucune concertation, aucune transparence », fustige-t-il, avant d’ajouter : « Ce n’est plus du droit, c’est une forme de magie administrative. Et quand le droit devient flou, c’est toujours la liberté qui recule. »
Il voit dans cette accumulation (Code électoral, nationalité, régulation numérique) une stratégie visant à « diviser les citoyens entre ceux qui sont gabonais à part entière et ceux qui, hélas, sont gabonais entièrement à part », tout en favorisant les « copains, coquins et consanguins » pour asseoir une mainmise sur l’économie.
L’intouchabilité du sommet de l’État
En conclusion, Bilie-By-Nze dénonce une dérive quasi-monarchique. « Par certaines des mesures que contiennent ces textes, le pouvoir invente et consacre l’intouchabilité de la personne du Président de la République, comme fut en son temps celle du roi de France. Ne reste plus qu’à lui accorder l’infaillibilité papale, et la boucle sera bouclée. »
L’ancien Premier ministre termine sur un avertissement historique : « Frankenstein finit toujours par échapper à son créateur. Un peuple qu’on surveille finit toujours par se réveiller. Un peuple qu’on fait taire finit par se radicaliser. Un peuple qu’on exclut finit par se lever. » Pour lui, face à la volonté d’imposer une pensée unique, il ne reste qu’une option : « Lutter, innover, contourner, exister. En un mot : rester debout. »
Source : Tribune d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, page Facebook Ensemble pour le Gabon.







