À la veille de cette audience très attendue, la pression ne cesse de monter autour du dossier d’Alain-Claude Bilie-By-Nze. Pour le parti Ensemble Pour le Gabon (EPG), il ne s’agit plus seulement d’une bataille procédurale ou d’un recours judiciaire classique. L’enjeu est désormais institutionnel et politique : démontrer que la justice gabonaise peut encore garantir un traitement équitable, y compris lorsqu’un ancien chef du gouvernement est concerné.
Le report de l’audience du 8 mai dernier continue d’alimenter les critiques. En cause : un défaut de notification attribué au ministère public, qui avait empêché l’examen du dossier dans les délais prévus. Une situation que l’EPG qualifie de grave dysfonctionnement procédural et qui, selon le parti, nourrit les interrogations sur la sérénité de la procédure. Dans un communiqué au ton particulièrement ferme, la formation politique estime que « chaque manquement procédural, chaque retard inexpliqué et chaque entorse aux garanties fondamentales alimentent inévitablement le doute sur la sérénité et l’impartialité de la procédure en cours ».
Pour les proches de l’ancien Premier ministre, l’audience de demain devra impérativement se dérouler dans le strict respect du principe du contradictoire, considéré comme le socle de tout procès équitable. L’EPG insiste ainsi sur la nécessité de garantir à toutes les parties un accès complet aux actes de procédure et une défense exercée sans entrave ni pression.
Mais au-delà du cas personnel d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, c’est la crédibilité même des institutions judiciaires gabonaises qui se retrouve placée sous les projecteurs. Dans un contexte politique encore marqué par les recompositions post-transition, l’opposition considère que cette affaire constitue un test grandeur nature de l’indépendance de la magistrature. « Au-delà de la seule personne de M. Alain-Claude Bilie-By-Nze, c’est la crédibilité même de l’État de droit qui se trouve mise à l’épreuve », affirme le parti.
Le Bureau exécutif d’Ensemble Pour le Gabon en appelle d’ailleurs directement aux magistrats appelés à siéger ce mardi, les exhortant à dire le droit « sans considérations politiques, sans pression et sans instrumentalisation des institutions judiciaires ». Une déclaration qui traduit la méfiance persistante d’une partie de l’opposition à l’égard de l’appareil judiciaire, régulièrement accusé d’être utilisé comme levier politique dans les périodes de fortes tensions nationales.
Dans les rangs de l’opposition, beaucoup redoutent qu’une décision perçue comme orientée ne ravive davantage les fractures politiques déjà sensibles dans le pays. L’EPG avertit ainsi que « le Gabon ne peut durablement construire sa stabilité sur l’affaiblissement des libertés publiques, sur la fragilisation des garanties judiciaires ou sur la mise à l’écart des voix dissidentes ».
À quelques heures de l’audience, les regards convergent donc vers la chambre d’accusation de Libreville. Pour les partisans d’Alain-Claude Bilie-By-Nze comme pour de nombreux observateurs, cette séance judiciaire dépasse désormais le simple cadre d’un contentieux pénal. Elle apparaît comme un moment décisif pour mesurer la capacité de la justice gabonaise à affirmer son indépendance et à préserver la confiance des citoyens.
Demain, la justice ne sera pas seulement attendue sur une décision. Elle sera jugée sur sa capacité à convaincre qu’au Gabon, le droit peut encore prévaloir sur les rapports de force politiques.







