Interrogé par la rédaction sur la volonté de Jean-François Ndong Obiang, qui continue de revendiquer la direction de REAGIR et d’organiser prochainement un congrès, Michel Ongoundou Loundah n’a pas fait dans la demi-mesure. Pour lui, l’heure n’est pas aux joutes de leadership, mais à la clarté judiciaire : « Écoutez, je suis un acteur politique, pas un chroniqueur mondain. Me demander de commenter un tel non-événement, c’est faire beaucoup d’honneur aux organisateurs. Pourquoi devrais-je m’exciter pour une simple annonce ? Chez les Ambaama, on nous apprend la patience stratégique : on ne vide pas son carquois dès qu’on aperçoit trois poils de gorille. On attend de voir la bête en entier. Si certains s’obstinent à prendre des vessies pour des lanternes et à s’agiter pour du vent, grand bien leur fasse. Je leur laisse le monopole de l’illusion et de la diversion. Tout ce qui nous intéresse, mes amis et moi, de REAGIR, c’est que la justice se prononce au sujet d’actes de délinquance pour lesquels certains sont poursuivis. »
Questionné sur l’absence de réponse à la « main tendue » du président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, Michel Ongoundou Loundah conteste d’abord la pertinence du terme : « D’abord, je ne sais pas ce que ça veut dire “main tendue”. Dans une démocratie, il y a la majorité qui gouverne, et puis il y a l’opposition qui prend ses positions, qui fait des propositions aussi, et puis qui donne sa vision. À partir de ce postulat, je ne vois pas très bien le sens de la main tendue. La main tendue suppose qu’il y a un conflit. La main tendue suppose qu’il y a une volonté d’apaisement. Mais moi, je trouve que le paysage politique est apaisé. »
Il précise ensuite n’avoir jamais reçu de proposition officielle pour son parti, tout en distinguant ses échanges personnels avec le Chef de l’État : « On n’a jamais eu de proposition de rencontre avec le président. À titre individuel oui, le président a souhaité me rencontrer, je l’ai fait à titre individuel, c’était le citoyen Ongoundou, l’acteur politique. J’ai rencontré le président, on a échangé, mais ce n’était pas dans le cadre de REAGIR. Je ne représentais pas REAGIR. Quand il s’agira de REAGIR ou d’une autre formation politique, les choses se feront suivant les règles républicaines. Parler de main tendue, non, nous n’avons jamais vu cette main tendue. »
L’opposition comme pilier de la crédibilité publique
Pour Michel Ongoundou Loundah, le coup d’État de 2023 a « totalement atomisé l’espace politique », forçant une reconstruction nécessaire. Il insiste sur le rôle vital de la contradiction politique : « Pour ma part, nous nous organisons autour, j’ai envie de dire avec la CNR, avec l’UPG et d’autres partis politiques. Parce que quand il y a un pouvoir, il faut qu’il y ait des contre-pouvoirs. C’est même cette opposition qui peut rendre crédible l’action publique. »
L’opposition « du » pouvoir contre l’opposition « au » pouvoir
L’acteur politique conclut en dénonçant une pratique héritée de l’ancien régime, celle d’une opposition sous contrôle, et appelle à une sincérité renouvelée dans le dialogue politique : « L’opposition gabonaise a toujours été caractérisée par une ligne de fracture. Il y a l’opposition du pouvoir : donc celle dont le pouvoir a besoin, celle dont le pouvoir se sert à des fins politiciennes. Et il y a l’opposition au pouvoir. Chaque chef d’État a son opposition à lui. Il y a quelques années, j’avais fait rire des amis en disant qu’Omar Bongo était le leader de la majorité et de l’opposition. Je faisais allusion à son opposition à lui qu’il contrôlait. »
Il termine en posant les conditions d’un échange réel : « La main tendue suppose de la sincérité, du respect mutuel, et puis de savoir avec quelle opposition on veut parler. Nous ne sommes pas des ennemis, nous parlons tous du Gabon et, quand il s’agit du Gabon, chacun doit mettre ses états d’âme de côté. »









