Selon la note d’audience de la présidence, ces rencontres s’inscrivent dans une « dynamique d’ouverture » visant à renforcer le dialogue national. Pourtant, autour de la table, les absents étaient plus éloquents que les présents. Comment prétendre instaurer un « cadre d’échanges permanent » fondé sur la « responsabilité partagée » en tenant à l’écart les piliers de la contestation actuelle ?
L’absence du président de Ensemble pour le Gabon, Alain-Claude Bilie-By-Nze, dernier Premier ministre d’Ali Bongo et principal challenger de la dernière présidentielle avec ses 19 265 électeurs, n’est que la partie émergée de l’iceberg. Plus frappant encore est l’ostracisme frappant les figures de proue de la nouvelle opposition citoyenne et politique. Le Pr Vincent Moulengui Boukossou, président en exercice de la CNR (Coalition pour la Nouvelle République), ainsi que Benoît Mouity Nzamba, président de l’Union du Peuple Gabonais (UPG), brillaient par leur absence. À ce tableau de l’exclusion s’ajoutent les cadres du parti REAGIR, notamment Michel Ongoundou Loundah et Jean-Valentin Leyama, dont les analyses critiques animent pourtant quotidiennement le débat public.
Dans ce décor soigneusement planté, même les présences d’ouverture peinent à convaincre. Si l’on a noté la présence d’Annie-Léa Meye, cadre de l’EPG : son propre parti s’est immédiatement fendu d’un communiqué pour la désavouer, précisant que sa participation ne reflétait pas la position de sa formation politique.
Pour mesurer l’anomalie, il suffit de regarder ailleurs. Imagine-t-on, en France, un dialogue républicain convoqué par l’Élysée en oubliant systématiquement le Rassemblement National ou La France Insoumise ? C’est impensable, car l’inclusivité ne se décrète pas par le choix de ses interlocuteurs ; elle s’impose par la reconnaissance de la représentativité, même critique, de ses adversaires.
Une concertation politique en trompe-l’œil ?
Certes, les participants présents ont salué une « écoute attentive » et un « esprit d’ouverture », s’extasiant lors d’une visite guidée des chantiers de la Cité administrative Émeraude. Mais ce climat, qualifié de « franc et sans réserve » par la présidence, ressemble fort à une opération de séduction plutôt qu’à une véritable concertation politique.
Peut-on parler de « progrès partagé » et de « stabilité » quand le dialogue est amputé de sa contradiction la plus directe ? En filigrane, cette séquence laisse un goût d’inachevé. Si l’objectif est véritablement de « fédérer les forces vives », le Palais Rénovation devra tôt ou tard se confronter aux voix qui ne l’applaudissent pas. Car, sans les piliers de la contestation et sans le principal challenger des urnes de la dernière présidentielle, la prochaine concertation politique risque de n’être qu’un slogan de plus sur une note de presse.








