A comme Arbitraire (et l’article 2)
« Le 25 mars 2026, le Gabon s’est réveillé avec un nouveau Code de la Nationalité. Pas débattu au Parlement, pas soumis aux citoyens. Adopté en une nuit par ordonnance. Cette démarche est scandaleuse et inacceptable pour ce type de texte dans un État de droit et ce texte est dangereux pour l’unité nationale. »
L’article 2 de la nouvelle ordonnance introduit le concept d’« ascendance autochtone », défini comme le lien à une population « établie sur le territoire de la République Gabonaise, avant la mise en place des Institutions Étatiques modernes ». Pour Ali Akbar Onanga Y’Obegue, c’est le début de l’incertitude : « Ce syntagme, pivot de tout le dispositif, n’est défini nulle part dans le texte. Résultat : l’administration décidera seule qui est autochtone et qui ne l’est pas. On appelle ça de l’arbitraire. »
B comme Biologique (contre le Civique)
« En 1999 : la nationalité était un lien juridique né le 17 août 1960. Civique, universel, moderne. En 2026 : la nationalité devient un lien biologique, culturel, spirituel avec des ancêtres présents avant les institutions étatiques modernes. C’est un retour en arrière de plusieurs siècles. »
Là où l’ancien code s’appuyait sur l’appartenance à l’État souverain, le nouveau texte impose de prouver une présence antérieure à la naissance même de la République. « Prouver qu’on descend de populations établies sur son territoire… AVANT qu’elle n’existe. C’est demander à l’histoire ce que le droit ne peut pas produire », s’insurge l’ancien ministre.
C comme Catégories (la fin de l’Égalité)
« La loi de 1999 disait clairement : “Tous ceux qui ont la nationalité gabonaise l’ont au même titre.” L’ordonnance de 2026 supprime cette phrase. Et avec elle, l’égalité entre citoyens. Elle crée deux catégories de Gabonais. »
Ce constat renvoie aux articles 57 et 58 du nouveau code, qui ferment les portes du pouvoir à une partie de la population. Si vous êtes naturalisé ou Gabonais par mariage, le Code vous interdit désormais de briguer la Présidence, le Parlement, ou de devenir ministre. « Vous pouvez payer l’impôt. Vous ne pouvez pas gouverner », résume-t-il froidement.
D comme Débat (le grand absent)
« La nationalité, c’est le socle de la nation. Dans toute démocratie digne de ce nom, on ne réforme pas ça en catimini, on en débat. Au Gabon, ce débat a été évité et pourtant le régime dispose d’un Parlement entièrement acquis à sa cause. »
Ali Akbar Onanga Y’Obegue pointe ici une incohérence institutionnelle : l’usage de l’ordonnance alors que les chambres sont favorables au pouvoir. « Visiblement les initiateurs de ce texte ne comprennent même pas le fonctionnement des institutions qu’ils ont à leur disposition ! »
E comme Exclusion (le cas du Haut-Ogooué)
« Passons au concret. Cas réel. Conséquences réelles. Le 15 avril 1925, le Haut-Ogooué est détaché du Gabon et rattaché au Moyen-Congo. Il ne revient au Gabon que le 20 décembre 1946. Pendant 21 ans, Obamba, Nzébi, Téké vivaient sous administration congolaise. »
L’analyste confronte cette vérité historique à la rigueur de l’article 2. Si les ancêtres vivaient sous administration congolaise entre 1925 et 1946, remplissent-ils le critère d’établissement sur le territoire gabonais ? « À la lettre du texte : NON. Ce Code vient de rendre leur autochtonie juridiquement indémontrable. Voilà ce qu’on appelle une réforme “bien pensée”. »
F comme Filiation (la chaîne rompue)
« Et leurs enfants ? Leurs petits-enfants ? Art. 21 : la nationalité d’origine passe par la filiation d’ascendance autochtone. Si l’ancêtre n’est pas “autochtone” → chaîne rompue → les descendants tombent sous les art. 57 et 58. »
L’article 21 devient ainsi, selon lui, une machine à fabriquer des « citoyens de seconde zone ». Des Gabonais nés sur le sol national se retrouvent frappés d’interdiction définitive d’accès à la Magistrature ou au Gouvernement. « Des Gabonais de naissance, traités en citoyens de seconde zone. Alors comment fait-on maintenant ? On applique ou on applique pas ? »
G comme Gabonité (prouver l’impossible)
« La loi de 1999 disait : “Tu es gabonais parce que tu es lié à cet État.” L’ordonnance de 2026 dit : “Tu es gabonais si tu peux prouver que tes ancêtres étaient là avant l’État.” »
Pour conclure son abécédaire numérique, Ali Akbar Onanga Y’Obegue appelle à une prise de conscience : « Le débat national sur la nationalité gabonaise n’a pas eu lieu. Il doit avoir lieu. Un État qui exige l’impossible comme preuve de nationalité n’est pas un État de droit. »









