Joint par notre rédaction, le président du Synamag a d’emblée posé les bases d’une réflexion qui dépasse la simple réaction émotionnelle. « Mon avis sur les mesures de renforcement du dispositif sécuritaire au palais de justice est le suivant : la question de la sécurisation d’un palais de justice, particulièrement celui de Libreville, soulève un arbitrage délicat entre la nécessité de protection et le principe de libre accès au service public de la justice », explique-t-il.
Le risque du « tout sécuritaire » humain
Pour Landry Abaga Essono, si le déploiement de forces de défense et de sécurité (FDS) à l’intérieur et dans les zones périphériques s’avère indispensable, il « n’est et ne peut être considéré comme la meilleure solution s’il est utilisé seul même à court terme ». Le magistrat plaide pour une rupture avec les méthodes traditionnelles : « Une approche moderne repose plutôt sur un équilibre entre l’humain, la technologie et l’aménagement spatial ».
Il pointe notamment les effets contre-productifs d’une présence militaire trop étouffante. « D’abord, le “tout sécuritaire” humain présente certaines limites. En effet, le déploiement massif de forces armées trop visible peut être perçu comme intimidant pour les justiciables et donner l’impression d’une justice sous pression, ce qui contredit la solennité et la sérénité nécessaires aux débats. »
Outre l’aspect symbolique, le président du Synamag invoque des contraintes pragmatiques : « Mobiliser des unités de défense de manière permanente est extrêmement coûteux et peut détourner ces unités de leurs missions régaliennes dans un contexte d’audit général des effectifs de ces forces de sécurité qui, par ailleurs, ne peuvent pas être partout à la fois. Sans appui technologique, elles sont vulnérables aux angles morts ou aux intrusions discrètes. »
Une stratégie en trois axes : périmètre, technologie et spécialisation
Pour le Synamag, la solution repose sur une stratégie articulée autour de trois axes fondamentaux que Landry Abaga Essono détaille avec précision.
Le premier axe concerne la sécurisation périmétrique (Extérieure). C’est ici que la présence des forces de sécurité est jugée la plus utile. « Leur rôle est de filtrer les accès, de gérer les flux de véhicules et de prévenir les troubles à l’ordre public à travers la mise en place de barrières physiques, un système de vidéosurveillance pour une surveillance active des abords afin d’anticiper les attroupements ou comportements suspects. »
Le deuxième axe privilégie la sécurisation électronique et technique (Intérieur). L’objectif est clair : réduire la présence armée visible tout en augmentant la vigilance. Landry Abaga Essono préconise un contrôle d’accès matérialisé par des portiques de détection de métaux et des scanners de bagages de type aéroportuaire à l’entrée unique. Il insiste également sur « une séparation stricte des flux entre le public, les magistrats/personnels et les détenus. Chaque zone doit avoir un accès sécurisé par badge. » Des dispositifs discrets dans les salles d’audience, les cabinets d’instruction et les greffes devraient également permettre de solliciter une intervention immédiate.
Enfin, le troisième axe porte sur la création d’une unité de police judiciaire spécialisée. « Plutôt que des unités de défense classiques (militaires, gendarmes, etc.), l’intérieur gagne à être géré par une unité de police ou de gendarmerie dédiée au milieu judiciaire », affirme le magistrat. Ces agents seraient spécifiquement formés à la gestion du stress en audience, à l’escorte de détenus et à la protection rapprochée des personnalités menacées.
L’appel à l’action : « Que nos propositions ne moisissent pas dans les tiroirs »
En résumé, pour le Synamag, la sécurité optimale ne réside pas dans l’accumulation statique d’hommes en armes. Landry Abaga Essono martèle que « la meilleure solution n’est pas le nombre de gardes, mais la coordination entre une présence dissuasive aux entrées (FDS), une infrastructure intelligente (scanners, caméras, compartimentage) et un protocole d’intervention rapide en cas d’incident, plutôt qu’une présence statique envahissante ». Le Synamag, qui a soumis ces propositions concrètes lors des assises convoquées à cet effet, attend désormais un signal fort des autorités.
En conclusion, Landry Abaga Essono exprime une crainte nourrie par l’expérience : « Il espère que ses propositions n’iront pas moisir dans les tiroirs comme d’habitude. »









