À son lancement en août 2025, le discours était structuré, ambitieux, presque millimétré. Gab-Pêche devait incarner une rupture dans la gestion de la filière halieutique : professionnalisation de la pêche artisanale, encadrement des acteurs locaux et amélioration de l’approvisionnement en poisson frais sur les marchés.
Moins d’une année plus tard, le constat est plus nuancé. En interne comme sur le terrain, les signaux de fragilité se multiplient. Une réunion de crise s’est tenue cette semaine entre le vice-président du gouvernement, Hermann Immongault, et le ministre de la Pêche, Aimé Martial Massamba, pour tenter de contenir les dérives d’un programme désormais sous surveillance.
Le premier indicateur de fragilité est opérationnel. Le programme prévoyait 20 embarcations dédiées à la pêche artisanale au sein du Centre d’appui à la pêche artisanale de Libreville (Capal). Dans les faits, seules 10 pirogues sont aujourd’hui réellement en activité.
Derrière ce chiffre, une réalité plus préoccupante : une partie du matériel livré ne répond pas aux exigences du terrain. Pirogues fragiles, équipements rapidement dégradés, filets inadaptés aux conditions de pêche. Très vite, l’outil de production est devenu un point de blocage.
À cela s’ajoute une crise de gouvernance financière. Le changement de direction a entraîné un gel des comptes ouverts auprès de la BCEG, paralysant une partie des flux et des opérations. Le programme se retrouve ainsi privé de marges de manœuvre financières à un moment critique de son déploiement.
En interne, un autre mécanisme fait débat : un système de mutualisation des dettes présenté comme solidaire, mais vécu par certains acteurs comme une contrainte asymétrique, où les pêcheurs actifs absorbent les défaillances des autres, fragilisant l’équilibre économique du dispositif.
Sur les quais du Capal, les promesses initiales ont laissé place à une forme de désenchantement silencieux. Les mareyeuses évoquent une activité devenue irrégulière, marquée par des ruptures d’approvisionnement et une baisse de rentabilité.
Le poisson, censé être mieux organisé et plus accessible, circule désormais par des circuits parallèles difficilement contrôlés. Certains acteurs contournent le dispositif officiel pour écouler directement leurs prises, à des prix plus compétitifs, hors de toute régulation structurée.
Dans ce contexte, les vendeuses agréées se retrouvent en première ligne. Moins de marchandise, marges réduites, concurrence informelle : plusieurs points de vente ont réduit leur activité, d’autres ont suspendu leurs opérations. Au Capal, un constat revient de manière récurrente : le dispositif, au lieu de stabiliser la filière, a introduit de nouveaux déséquilibres.
Officiellement, Gab-Pêche n’est pas abandonné. Mais sa survie dépend désormais d’une restructuration en profondeur. Les autorités envisagent une refonte du modèle contractuel, avec une individualisation des engagements destinée à corriger les effets du système de dette mutualisée. Un rééchelonnement des passifs est également à l’étude, dans un contexte de tension financière persistante.
Autre piste évoquée : la diversification des activités vers la pisciculture et l’aquaculture, afin de réduire la dépendance à la pêche artisanale traditionnelle et élargir les sources d’approvisionnement.
Mais au-delà des ajustements techniques, une condition domine : la mise en place d’un cadre de gestion entièrement revu, présenté comme indispensable avant toute relance effective.
Reste une interrogation que les chiffres, à eux seuls, commencent déjà à imposer : Gab-Pêche a-t-il été victime de ses ambitions initiales, ou révèle-t-il des fragilités plus structurelles dans la conduite des projets publics à forte dimension économique ?







