L’ambiance était lourde au Palais de la Rénovation. Officiellement, ce mardi, Oligui Nguema, recevait des mains du Vice-Président du Gouvernement, Hermann Immongault, le rapport des 100 premiers jours de l’équipe ministérielle. Mais pour les observateurs de la vie politique, ce grand oral ressemble à s’y méprendre à l’acte préparatoire d’un remaniement gouvernemental d’envergure.
Mis en place au 1er janvier dernier conformément aux dispositions de la nouvelle Constitution – qui consacre le Chef de l’État comme Chef du Gouvernement, assisté d’un Vice-Président du Gouvernement –, cet exécutif affrontait son premier grand test. En mettant un terme à l’échéance des feuilles de route fixées le 5 février dernier, Oligui Nguema dispose désormais d’un tableau de chasse précis. Et le ton employé par la présidence ne trompe personne : l’heure du tri a sonné.
Si la presse présidentielle tente de sauver les apparences en évoquant « un premier bilan de l’action gouvernementale marqué par des résultats satisfaisants dans l’ensemble », elle a surtout pris soin de lâcher une phrase qui fait trembler les portefeuilles ministériels. Le rapport a formellement acté « certaines contre-performances relevées dans l’exécution de quelques projets ».
Dans le langage feutré du Palais de la Rénovation, le message est limpide : les coupables sont identifiés. Cette mise de côté publique des mauvais élèves traduit, selon les services de la présidence, « la volonté des plus hautes autorités de promouvoir une gouvernance fondée sur le suivi, la responsabilité et l’obligation de résultats ». Quiconque a failli à cette obligation se retrouve de facto sur la sellette. Ce bilan chiffré offre au Chef de l’État la légitimité technique parfaite pour remercier les ministres jugés trop lents ou inefficaces au sein de cette architecture constitutionnelle neuve.
Le contenu des échanges à l’issue de cette séance de travail confirme que le temps de la pédagogie est résolument révolu. En sa qualité de Chef du Gouvernement, Oligui Nguema a immédiatement traduit ces manquements en termes de sanctions et d’objectifs de crisis. La presse présidentielle rapporte qu’il a dicté « des instructions fermes afin que les projets en cours connaissent une accélération significative et aboutissent dans les délais fixés ».
Pour le locataire du Palais de la Rénovation, l’équipe nommée en janvier n’est pas là pour stagner, et son exigence sonne comme un dernier sursis avant la signature des décrets d’éviction : « Le Président de la République a réaffirmé son exigence d’efficacité, de pragmatisme et d’impact concret de l’action publique sur le quotidien des Gabonaises et des Gabonais. »
Ceux qui n’ont pas réussi à impacter le quotidien des Gabonais en 100 jours savent qu’ils n’auront pas droit à une seconde chance. Le Chef de l’État a placé la barre si haut que le maintien de l’équipe actuelle en l’état semble totalement exclu.
Vers un gouvernement Oligui Nguema II ?
L’injonction présidentielle faite au Vice-Président du Gouvernement et à ses ministres de « renforcer la communication institutionnelle afin de mieux informer les populations » montre bien que l’exécutif veut reprendre la main et afficher des coupables pour mieux rebondir.
Au Palais de la Rénovation, on martèle que cette méthode vise à consolider une « culture de performance gouvernementale axée sur les résultats et la transparence ».
Les ministres qui ont affiché des retards chroniques et des promesses non tenues vivent sans doute leurs dernières heures au cabinet. L’avènement d’un nouveau gouvernement réajusté s’annonce désormais comme une certitude à très court terme.







