C’est une incompréhension totale qui secoue actuellement le monde agricole gabonais. Alors que Pacôme KOSSY a réaffirmé ses priorités — citant le manioc, la banane plantain, le maïs et le soja — l’absence du riz dans ce carré d’as soulève des questions de fond. Comment une denrée aussi stratégique peut-elle être reléguée au second plan par le patron de l’Agriculture ?
Une filière pourtant prête à l’emploi
L’argument de l’immaturité de la filière ne tient pas. À ce jour, le riz est l’une des rares cultures au Gabon bénéficiant d’un socle scientifique solide et local. Des variétés adaptées au sol gabonais ont déjà été homologuées, tandis qu’un programme de production de semences est en cours. Ce dernier implique des coopératives formées et bénéficie d’un suivi rigoureux par l’ensemble des directions techniques du ministère, de la production à la protection des végétaux. Il existe d’ailleurs une « Stratégie nationale de la riziculture » ainsi que des notes conceptuelles n’attendant que des financements pour passer à l’échelle supérieure.
Le paradoxe de la consommation
Sur le terrain, la réalité est incontestable : le riz est l’aliment de base par excellence, traversant toutes les couches sociales. Avec une consommation dépassant les 45 kg par habitant et par an, le Gabon débourse près de 45 milliards de FCFA chaque année pour l’importation de cette céréale. Le souvenir de la crise sanitaire de la COVID-19 est encore frais car, lors des distributions alimentaires d’urgence, c’est le riz qui a constitué le pilier de l’aide aux populations, et non le soja ou le maïs. Pourquoi dès lors ne pas transformer cette dépendance en opportunité de production locale ?
Les ombres de l’importation
Cette mise à l’écart interroge sur les véritables motivations de l’exécutif. S’agit-il d’un manque de vision ou du poids des lobbys ? Une voix experte du secteur s’inquiète de savoir si ce sont les gros importateurs qui empêchent les Gabonais de cultiver ce qu’ils mangent. En favorisant l’importation massive, le pays s’expose non seulement à une insécurité financière, mais aussi sanitaire. Faute de laboratoires de contrôle systématiques à l’entrée, la qualité, le temps de conservation et les intrants chimiques du riz importé restent des zones d’ombre pour le consommateur gabonais.
Un signal contradictoire pour les investisseurs
En ne classant pas le riz comme « culture stratégique », le ministre Pacôme KOSSY et le gouvernement se tirent une balle dans le pied. Sans cette reconnaissance officielle, la mobilisation de ressources financières internationales ou nationales pour soutenir les projets rizicoles devient un parcours du combattant. Si le Gabon veut réellement atteindre sa souveraineté alimentaire, il devra tôt ou tard aligner ses priorités politiques sur les habitudes de consommation de ses citoyens. Pour l’heure, le riz gabonais attend toujours son heure de gloire sur la table du Conseil des ministres.










