L’ancien communicant de la présidence décrit alors une scène devenue familière après chaque Conseil des ministres : les téléphones qui s’activent, les PDF du communiqué final qui circulent sur WhatsApp, les regards focalisés non pas sur les réformes ou les politiques publiques, mais sur les listes de promus et de sortants.
« Personne ne lit les décisions de politique publique. Tout le monde attend les mesures individuelles et les noms », écrit-il.
À travers son expérience dans le secteur bancaire puis au sein de la haute administration, Ike Ngouoni explique avoir observé partout la même fébrilité autour des promotions. Chef de service, directeur, directeur général, conseiller spécial ou membre du gouvernement : chaque nomination devient une consécration sociale autant qu’une évolution professionnelle.
Selon lui, le problème n’est pas l’ambition en elle-même, mais la manière dont la fonction est perçue. « On ne se demande pas : “qu’est-ce que je vais faire avec cette fonction ?” On se demande : “qu’est-ce que cette fonction va me donner ?” », analyse-t-il.
Dans cette logique, soutient-il, les institutions produisent davantage des gestionnaires de statut que des responsables porteurs d’initiative. La prudence administrative finit par primer sur l’action, tandis que les postes deviennent des instruments de reconnaissance sociale.
Mais c’est surtout le rapport à la perte du pouvoir qui révèle, selon lui, la profondeur du phénomène.
Quitter une fonction sans promotion équivalente est souvent vécu comme une humiliation personnelle et non comme l’issue normale d’une mission administrative : « Ce n’est pas un mandat temporaire confié par une institution. C’est une identité », écrit Ike Ngouoni.
L’auteur prend toutefois soin de déplacer le débat du terrain moral vers une analyse plus structurelle. Pour lui, cette culture de la nomination est d’abord le produit d’un modèle économique et institutionnel où l’État concentre l’essentiel des ressources, des revenus et du prestige social : « Le problème n’est pas dans les hommes. Il est dans l’architecture », affirme-t-il, plaidant pour une société où l’initiative privée et la création d’entreprise seraient autant valorisées que les fonctions administratives.
Dans le contexte politique actuel, cette tribune apparaît comme une réflexion plus large sur la fabrique des élites au Gabon et sur le poids symbolique des nominations dans l’imaginaire collectif. Car derrière chaque Conseil des ministres se jouent bien souvent, au-delà des simples affectations administratives, des trajectoires sociales, des équilibres d’influence et parfois des existences entières.







