Qui a réellement exécuté les travaux financés ? Quels marchés ont effectivement été réalisés sur le terrain ? Où sont passés les fonds engagés ? Et surtout, certains opérateurs ont-ils profité de l’urgence pour surfacturer, encaisser sans livrer ou produire des prestations fictives ? Autant de questions qui semblent désormais hanter les couloirs de la Taskforce présidentielle.
Dans son communiqué, la Commission pour le contrôle, l’audit et la vérification des participations et de la dette de l’État, plus connue sous l’appellation de « Taskforce de la Présidence », convoque sans détour plus d’une vingtaine d’entreprises ayant opéré dans la province de l’Ogooué-Lolo dans le cadre des travaux financés sur instruction du chef de l’État au cours de l’exercice 2024.
Le ton employé ne laisse guère de place à l’interprétation. La procédure est engagée « dans le cadre de l’audit relatif aux travaux d’urgence financés au titre de la dotation spéciale accordée par le Chef de l’État ». En clair : la Présidence veut désormais vérifier, dossier par dossier, chantier par chantier, paiement par paiement, ce qui a réellement été fait avec l’argent public.
Parmi les sociétés citées figurent notamment Gabon Énergie Verte, Semco BTP, Larry Logistic et Transport ou encore Maltrag. Toutes sont invitées à se présenter au siège de la Taskforce, au 4e étage de l’Immeuble Premium à Libreville, avec des éléments précis permettant d’attester « la réalité et la conformité des prestations exécutées, ainsi que la traçabilité des paiements perçus ».
Derrière cette formulation administrative se cache en réalité une exigence redoutable : produire les preuves matérielles de l’exécution effective des marchés. Factures, ordres de service, preuves de paiement, rapports techniques, états d’avancement, justificatifs bancaires… la Présidence veut visiblement remonter toute la chaîne financière des fonds engagés.
Le délai accordé ajoute à la tension. Huit jours seulement. Pas un de plus. Une temporalité inhabituellement courte qui traduit la volonté des autorités d’accélérer les contrôles et, peut-être, de préparer d’éventuelles suites judiciaires.
Car le communiqué contient surtout une phrase qui résonne comme un avertissement à peine voilé : « À défaut, la TASKFORCE se réserve le droit de prendre toutes les mesures légales et réglementaires appropriées. »
Dans les milieux économiques, cette séquence commence déjà à susciter de vives inquiétudes. Plusieurs opérateurs redoutent que cet audit ne débouche sur des procédures pour détournement, surfacturation, marchés fictifs ou enrichissement illicite. D’autres y voient au contraire le signal d’un durcissement du contrôle présidentiel sur les dépenses exceptionnelles engagées durant la transition.
Une chose apparaît désormais certaine : après les administrations publiques, l’étau commence aussi à se resserrer autour des entreprises privées ayant bénéficié des circuits financiers d’urgence de l’État.







