Chez Michel Ongoundou Loundah, la formule n’est jamais anodine. Et lorsqu’il affirme que « diriger un pays, ce n’est pas seulement avec ceux qui applaudissent », le président de Réagir ne parle pas seulement de gouvernance. Il règle aussi ses comptes avec une méthode de pouvoir qu’il juge de plus en plus fermée à la contradiction : « Il faut que les gens du pouvoir comprennent que diriger un pays, on ne le fait pas qu’avec les gens qu’on aime ou qu’avec les gens qui nous applaudissent. On dirige un pays avec des gens qui peuvent être utiles », martèle-t-il.
Puis il ajoute, dans une phrase qui résume à elle seule le fil conducteur de son intervention : « J’ai l’impression qu’ils ont oublié l’aspect servitude pour se focaliser sur l’aspect autorité et sur l’aspect bling-bling ».
Durant près d’une heure d’entretien, l’opposant aura méthodiquement déconstruit le récit gouvernemental autour du retour diplomatique du Gabon, de la souveraineté économique et des grands projets présentés comme les symboles d’une nouvelle ère.
Le retour diplomatique du Gabon ? « Aucune fierté à avoir »
Sur la reprise de la place du Gabon dans les instances internationales, Michel Ongoundou Loundah refuse toute euphorie.
« Fierté, non. Que le Gabon reprenne sa place dans le concert des nations, c’est une bonne chose. Il n’y a aucune fierté à avoir », tranche-t-il.
Pour lui, le pays ne fait que retrouver une normalité diplomatique perdue après les événements d’août 2023 : « Le Gabon a été suspendu de certaines instances internationales… progressivement, il a retrouvé sa place ».
Mais derrière la diplomatie, il dit voir une mécanique de communication politique davantage tournée vers l’image que vers les besoins concrets des populations.
Le palais des congrès, symbole du “prestige coûteux”
Interrogé sur le nouveau palais des congrès présenté par les autorités comme l’incarnation du renouveau diplomatique gabonais, le président de Réagir affiche sa distance : « Je n’ai pas été invité, mais même si je l’avais été, je n’y serais pas allé ».
Loin de contester l’utilité d’infrastructures modernes, il interroge surtout leur coût réel et leur rentabilité sociale : « Combien cela a coûté ? C’est de l’argent public. Combien d’entreprises gabonaises ont été intéressées ? Combien de travailleurs gabonais ont été employés ? »
Puis vient la mise en garde : « Si c’est des œuvres juste pour le prestige et que derrière ça le pays se retrouve exsangue, je suis réservé ».
L’opposant évoque même des montants circulant dans les discussions publiques :
« On parle de chiffres allant de 400 à 700 milliards… on ne sait pas exactement ce que cela a coûté ni comment cela a été financé ».
“Quel est le retour sur investissement ?”
Sur les déplacements du chef de l’État à travers le continent, Michel Ongoundou Loundah adopte un angle brutalement comptable : « Combien ça coûte un déplacement du chef de l’État gabonais à l’étranger ? Et qu’est-ce que ça rapporte ? »
Pour lui, la multiplication des voyages présidentiels contraste avec l’état des infrastructures et des services publics : « Nous avons des ordures qu’on n’arrive même pas à ramasser dans Libreville ».
Et il poursuit : « Les routes sont cassées. Entre Libreville et Ntoum, 20 kilomètres vous prennent 40 à 50 minutes ».
Ce qu’il reproche au pouvoir, au fond, c’est une politique du symbole : « Il faut qu’on sorte du spectacle et du bling-bling pour regarder les fondamentaux de notre économie et de notre société ».
“La souveraineté économique” ou le règne des annonces
Lorsque le débat bascule sur la doctrine de souveraineté économique défendue par le gouvernement, le président de Réagir se montre particulièrement corrosif : « Je ne sais pas où est la stratégie là-dedans ».
Puis il attaque frontalement ce qu’il considère comme une gouvernance de l’annonce : « Nous sommes dans un pays où les dirigeants pensent qu’il suffit d’annoncer quelque chose pour que cela soit fait ».
Sur la volonté affichée de développer une économie plus nationale, il pose une question volontairement provocatrice :
« Connaissez-vous un seul industriel gabonais ? Moi, je n’en connais pas ». Et poursuit : « Avant, c’était la pieuvre Olam. Maintenant, c’est la pieuvre Ebomaf ».
FMI : “Je reste sceptique”
Sur les négociations engagées avec le Fonds monétaire international, Michel Ongoundou Loundah ne croit pas à la promesse présidentielle d’éviter une casse sociale : « Je reste sceptique, et c’est même un euphémisme ».
Pour lui, l’équation est connue d’avance : « Quand le FMI vient dans un pays, il y a forcément des sacrifices, des efforts à faire ».
Et il estime que le train de vie de l’État rendra les discussions particulièrement difficiles : « Quand je vois ces comportements dispendieux, je dis qu’avec le FMI ça va être très compliqué ».
“Même sous le parti unique…”
Mais c’est sans doute sur les libertés publiques que le ton de l’opposant devient le plus grave : « Même sous le parti unique, on n’a jamais vécu une telle chape de plomb », affirme-t-il.
Avant d’évoquer un climat de peur diffuse : « Quand vous donnez l’occasion aux Gabonais de s’exprimer, ils ne veulent pas parler. Ceux qui parlent disent qu’ils se mettent en danger ».
Et concernant le blocage des réseaux sociaux : « Je ne comprends même pas pourquoi ils les ont coupés. Ils ne nous ont jamais expliqué pourquoi ».
Une opposition sans “chef naturel”
Questionné enfin sur les divisions de l’opposition et le leadership d’Alain-Claude Bilie-By-Nze, Michel Ongoundou Loundah refuse toute logique d’alignement.
« Je ne m’alignerai derrière personne ». Puis il précise : « Nous travaillons ensemble avec des compatriotes sur des sujets précis. Mais je ne suis pas dans un esprit de meute où il faut quelqu’un devant et les autres derrière ».
Une manière, aussi, de revendiquer une autonomie politique dans un paysage oppositionnel encore fragmenté.
En refermant cet entretien, Michel Ongoundou Loundah aura surtout cherché à installer une idée : celle d’un pouvoir obsédé par l’image, les symboles et les annonces, mais incapable, selon lui, de transformer concrètement le quotidien des Gabonais.
« Les Gabonais veulent des actes », répète-t-il. Une phrase simple, mais qui résume probablement toute sa stratégie politique actuelle.







