L’image rappelle les heures sombres de l’ère Bongo, sans pour autant en atteindre la fureur. Si nous sommes loin des scènes de 2016, où le véhicule de l’ambassadeur de l’époque avait été pris pour cible au lendemain de violences post-électorales, le symbole est puissant.
Ce n’est plus le Trocadéro qui a servi de théâtre à ce rassemblement, mais les abords directs de la représentation diplomatique à Paris. Ce sit-in pacifique marque une rupture nette et une volonté d’interpeller directement les nouvelles autorités de Libreville face à la direction prise par le pays.
Le rassemblement a réuni un mélange de vétérans de la lutte et de nouveaux activistes. Aux côtés de figures médiatiques bien connues comme Thibault Adjatise et Bernard Christian Rekoula, on notait la présence politique du parti « Ensemble pour le Gabon », représenté par Franck Jocktane. Cependant, c’est une nouvelle voix qui a porté l’initiative en la personne d’Eloïse Bouanga. Initiatrice de ce mouvement, elle incarne une jeunesse qui refuse de voir les anciennes pratiques se perpétuer. Pour ces manifestants, le pouvoir actuel s’éloigne des aspirations populaires de changement radical.
Les revendications portées sous les fenêtres de l’ambassade sont précises et témoignent d’une crispation croissante. Les manifestants exigent notamment la libération immédiate de Bob Fernand Mengome, dont ils jugent la détention préventive prolongée sans aucune nécessité légale. Au-delà de ce cas individuel, c’est toute une orientation politique qui est visée, des ordonnances controversées aux réformes du code de la nationalité, en passant par la suspension des réseaux sociaux. La situation de l’opposant Alain-Claude Bilie-By-Nze a également été mise en avant pour illustrer ce que la diaspora considère comme un verrouillage de l’espace démocratique, rendant ce type de manifestation quasiment improbable à tenir aujourd’hui à Libreville.
Le spectacle de cette contestation n’a pas dû échapper au nouvel ambassadeur du Gabon en France, Alfred Nguia Banda. Figure morale respectée des marches du Trocadéro durant le magistère d’Ali Bongo, il se retrouve aujourd’hui de l’autre côté des grilles, représentant d’un pouvoir désormais contesté par ses anciens compagnons de lutte. Si la mobilisation n’a pas encore l’ampleur des grandes marées humaines de 2016, une chose est sûre : le divorce semble désormais acté entre une frange de la diaspora et Brice Clotaire Oligui Nguema. À plus de 5 000 kilomètres des côtes gabonaises, la sentinelle de Paris a repris son service.







