Le malaise gagne le monde agricole. Longtemps prudents dans leurs prises de parole publiques, les représentants de la Société Civile du Secteur Agricole, de l’Environnement et du Développement Durable ont décidé de hausser le ton face au silence entourant les rapports d’activités transmis au chef de l’État par les différents ministères.
Dans un communiqué publié le 9 mai, le collectif conduit par Hervais Omva demande la publication intégrale des bilans des cent premiers jours du Gouvernement, accompagnés d’éléments de vérification accessibles au public. Une exigence qui traduit une attente croissante en matière de transparence et de reddition des comptes : « Au moment où le peuple gabonais exige la transparence promise par les autorités, nous interpellons solennellement le Chef de l’État », affirme le texte.
Pour les acteurs du terrain, les discours officiels et les annonces de grands projets ne suffisent plus. Ce que réclament désormais les coopératives, les producteurs et les transformateurs, ce sont des résultats visibles, mesurables et directement perceptibles dans les zones rurales.
Au cœur des interrogations : les financements annoncés pour la relance agricole et la souveraineté alimentaire. Le collectif souhaite connaître précisément les montants réellement décaissés pour les filières jugées prioritaires, notamment le maïs, le soja, l’arachide, la volaille et les petits ruminants.
Les signataires s’interrogent également sur l’état d’avancement des Zones Agricoles de Productivité (ZAP), présentées depuis plusieurs mois comme l’un des leviers majeurs de transformation du secteur : « Quels résultats concrets ont été obtenus ? », questionne la société civile, qui estime que les populations rurales peinent encore à percevoir les effets des politiques annoncées à Libreville.
Cette frustration est renforcée par le contraste entre les conventions économiques signées à coups de milliards et les difficultés persistantes rencontrées sur le terrain : accès limité aux intrants, manque d’équipements, faibles capacités de transformation et insuffisance des financements directs aux producteurs.
À travers cette sortie, la société civile agricole entend désormais jouer un rôle de contrôle citoyen assumé. Sans se positionner dans une logique d’opposition, le collectif revendique une mission de veille et d’évaluation des politiques publiques : « Construire exige de savoir sur quelles fondations nous bâtissons », souligne le communiqué, qui insiste sur la nécessité de confronter les rapports administratifs aux réalités vécues dans les villages, les plantations et les coopératives.
Pour de nombreux observateurs, cette prise de position marque un tournant dans les rapports entre les autorités et certains corps intermédiaires qui avaient jusque-là adopté une posture relativement conciliante.
Car derrière la question des bilans ministériels se joue un enjeu plus large : celui de la crédibilité de la gouvernance prônée par les nouvelles autorités. Après avoir fait de la transparence et de la rupture avec les anciennes pratiques un axe central de leur communication politique, les dirigeants sont désormais attendus sur leur capacité à rendre des comptes publiquement.
Dans les campagnes comme dans les coopératives agricoles, beaucoup estiment que la souveraineté alimentaire ne pourra être atteinte sans une gouvernance irréprochable et une circulation claire de l’information publique.
La société civile agricole rappelle ainsi que la confiance populaire ne peut se construire sur des rapports confidentiels ou des déclarations institutionnelles difficilement vérifiables : « La transparence n’est pas une option. C’est le socle de la confiance », conclut le communiqué.
Reste désormais à savoir si le Gouvernement acceptera de publier ces bilans très attendus ou s’il choisira de maintenir le verrouillage autour des évaluations des cent premiers jours. Une décision qui pourrait peser lourd dans la perception populaire de l’action gouvernementale et dans la crédibilité même des ambitions affichées en matière de souveraineté alimentaire.










