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Tribune libre de Michel Ongoundou Loundah : Musées de l’inaccessible et mémoire confisquée

L'inauguration du musée Omar Bongo soulève une question fondamentale : à qui appartient l'histoire d'une nation ? Si l'hommage au défunt président est légitime, Michel Ongoundou Loundah dénonce dans cette tribune un patrimoine placé « sous séquestre », barricadé derrière des dispositifs militaires et réservé à une élite. Entre des sanctuaires inaccessibles au citoyen ordinaire et un espace public saturé par la décrépitude des affiches politiques, l'auteur analyse la fracture persistante entre le pouvoir et le peuple, appelant à une véritable maturité démocratique par l'ouverture de la mémoire collective.

La rédaction par La rédaction
13 mai 2026
dans Actualités, Opinion
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L’inauguration récente du musée Omar Bongo, au Palais des Congrès du PDG, a été présentée comme un acte majeur de patrimonialisation : inscrire durablement dans l’histoire nationale la mémoire d’un homme qui aura dirigé le Gabon durant quarante-deux années. L’initiative, en elle-même, est légitime. Que l’on soit héritier politique, observateur critique ou opposant historique, l’empreinte laissée par Omar Bongo sur la trajectoire du pays dépasse désormais les clivages partisans pour rejoindre le champ de la mémoire collective.

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Mais encore faut-il que cette mémoire soit réellement collective, et non placée sous séquestre.

Un patrimoine verrouillé

Le malaise apparaît dès lors que l’on s’intéresse aux conditions d’accès à ce nouveau musée, à l’image de celles entourant le mausolée Omar Bongo de Franceville. Ces lieux, censés constituer des piliers du patrimoine national, donnent davantage l’impression d’enclaves fermées que d’espaces ouverts au public. Placés sous une surveillance militaire rigoureuse, ils semblent réservés à une élite soigneusement sélectionnée : personnalités officielles triées sur le volet, cercle familial restreint ou délégations étrangères dûment encadrées.

Le citoyen ordinaire, lui, demeure à distance, maintenu à l’écart d’une histoire qui devrait pourtant lui appartenir.

Les concepteurs de cette mise en scène institutionnelle paraissent avoir oublié un principe essentiel : « la rivière n’oublie pas sa source ». Mais une source perd sa raison d’être lorsqu’elle est tarie ou barricadée pour ceux qui cherchent à y puiser leur identité. Un musée n’a de sens que s’il transmet, éclaire et rassemble. Lorsqu’il devient un sanctuaire inaccessible, il cesse d’être un lieu de mémoire pour se transformer en symbole d’une fracture persistante entre le pouvoir et le peuple.

Une polémique qui détourne l’attention

Dans ce contexte, la controverse autour de l’absence de Pascaline Bongo apparaît comme une diversion commode. Certains ont voulu ériger cette absence en scandale politique ou familial, comme si la présence de la fille aînée du défunt président suffisait, à elle seule, à légitimer l’événement. En réalité, cette focalisation personnalise à l’excès une problématique bien plus profonde et institutionnelle.

Qu’aurait véritablement changé sa présence, sinon offrir un supplément de décorum à la communication du Palais ? Après plus de quarante ans de pouvoir, Omar Bongo n’appartient plus exclusivement à ses familles biologique et politique : il est désormais national, avec ses zones d’ombre et de lumière.

Le véritable enjeu n’est donc pas l’absence d’un membre du clan, mais l’exclusion persistante du peuple gabonais de l’accès à sa propre mémoire. Comme le rappelle l’adage : « Quand le sage montre la lune, l’insensé regarde le doigt. » En concentrant le débat sur une querelle oiseuse, on évite soigneusement de répondre à la question essentielle : pourquoi un musée national demeure-t-il inaccessible à la majorité des citoyens ?

L’espace public, musée à ciel ouvert de la décrépitude politique

Cette confiscation de la mémoire officielle est d’autant plus paradoxale que, dans le même temps, l’espace public demeure saturé d’une autre forme de mise en scène du pouvoir : l’omniprésence désordonnée et massive des portraits présidentiels.
Partout dans nos villes et villages subsistent d’immenses affiches, vestiges de campagnes électorales anciennes, abandonnés aux intempéries. Déchirées, effacées, délavées par le temps, les photos d’Oligui Nguema continuent pourtant de hanter les murs et les carrefours, comme si personne n’osait mettre un terme à leur lente décomposition visuelle. La peur inconsciente du crime de lèse-majesté.

Mais, à force d’accumulation, cette esthétique d’un autre genre produit une impression de décrépitude permanente. Nos rues, ponts et échangeurs deviennent alors les archives involontaires d’une communication politique incapable de disparaître dignement.

Au fond, cette situation révèle une difficulté plus profonde : l’incapacité des gouvernants à entretenir un rapport apaisé et mature avec les symboles de l’État. Or, une vraie démocratie moderne n’a pas besoin de sanctuariser ses dirigeants ni de couvrir durablement ses murs de portraits géants pour asseoir son autorité. La maturité politique se mesure plutôt à la capacité d’ouvrir les lieux de mémoire, de rendre le patrimoine accessible et de faire confiance au regard critique des citoyens.

Un État sûr de lui n’a pas peur de l’accès public à son histoire

Notre pays mérite des lieux de mémoire vivants, fréquentés par les écoliers, les étudiants, les chercheurs et les familles. Il mérite des centres de transmission capables d’éclairer les générations futures, et non des monuments silencieux retranchés derrière des barrières et des dispositifs sécuritaires.

Car pendant que les musées demeurent fermés au peuple, l’espace public, lui, se transforme lentement en musée de la décrépitude, en galerie à ciel ouvert de vestiges politiques abandonnés à la pluie, au temps et à l’oubli.

L'URL courte de cet article est : https://www.leconfidentiel.ga/61du
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