Pendant près d’un an, le pavillon gabonais a vogué en eaux troubles. Entre fin 2024 et septembre 2025, le pays s’est retrouvé au cœur d’une polémique mondiale : l’utilisation massive de ses couleurs par une « flotte fantôme » russe pour contourner les sanctions internationales. Près de 95 navires opéraient sous licence gabonaise sans que l’État n’ait réellement son mot à dire. Aujourd’hui, cette époque est révolue.
Sécuriser la souveraineté nationale
La raison principale de ce changement de cap est avant tout politique. Jusqu’ici, la gestion du registre était déléguée à Intershipping Services, une entité privée basée à Dubaï. Cet éloignement géographique créait un angle mort administratif : le Gabon signait les papiers, mais n’avait aucun regard sur l’inspection des navires ni sur l’identité réelle des armateurs.
En installant un nouveau bureau d’immatriculation au cœur de Libreville, sous la tutelle directe de la Marine marchande et du ministère des Transports, le gouvernement réaffirme son autorité. Il ne s’agit plus seulement de prêter un drapeau, mais d’exercer un véritable contrôle régalien sur chaque bâtiment qui arbore les couleurs nationales.
Restaurer une image ternie
L’urgence était également diplomatique. Les rapports de la Kyiv School of Economics et les alertes de médias internationaux comme RFI avaient fini par fragiliser la crédibilité du Gabon. Rester passif face à l’infiltration de navires sous sanctions exposait le pays à un risque de boycott dans les grands ports mondiaux.
La reprise en main s’est donc accompagnée d’un grand ménage : la radiation systématique des navires suspects et l’instauration d’une double validation stricte des documents. Ce retour aux normes internationales est le prix à payer pour que le pavillon gabonais retrouve sa respectabilité sur l’échiquier maritime global.
En finir avec l’évasion financière
Enfin, le volet économique a pesé lourd dans la balance. L’ancien système d’intermédiation à l’étranger était synonyme de déperditions financières massives, estimées entre 15 % et 20 % des recettes potentielles. En éliminant les circuits informels et en centralisant les flux via le Guichet Unique de Paiement (GUP), l’État s’assure que les revenus du secteur maritime atterrissent directement dans les caisses du Trésor.
Si cette réforme signifie, à court terme, une diminution du nombre de navires enregistrés, elle garantit au Gabon une croissance plus saine, plus transparente et, surtout, totalement souveraine.









