Pendant plus d’une décennie, son nom n’était murmuré que dans les couloirs les plus sécurisés de Libreville. Jean-Charles Solon, 63 ans, n’était pas seulement le directeur du Service d’interception et de liaison des affaires militaires (Silam) ; il était l’architecte d’un système de surveillance global. Aujourd’hui, alors que le général Bernard Gnamankala prend officiellement sa succession, les secrets de l’ancien « maître des écoutes » commencent à filtrer.
L’oreille de la Présidence
Sous Ali Bongo Ondimba, Jean-Charles Solon avait bâti une forteresse technologique. Selon les informations rapportées par Jeune Afrique, le Silam était devenu une machine de guerre capable de contourner les protections les plus robustes. En s’appuyant sur des techniciens russes et des infrastructures sophistiquées, Solon parvenait à intercepter les communications cryptées, notamment en dupliquant les cartes SIM des cibles d’intérêt — opposants, ministres ou diplomates — avec la complicité tacite de certains opérateurs.
Chaque matin, il remettait son « bulletin » au chef de l’État, une synthèse des secrets captés dans les ondes, faisant de lui l’homme le plus craint, mais aussi le plus indispensable du régime.
Le mélange des genres : la galaxie familiale
Mais la chute de Solon ne s’explique pas uniquement par le changement de régime après le coup d’État d’août 2023. Les enquêtes révèlent un entrelacement troublant entre les missions régaliennes du Silam et les intérêts privés du clan Solon.
À travers des structures comme ST’Air Technologies ou STR Africa, gérées par son épouse Brigitte et ses filles Jessica et Annabelle, Jean-Charles Solon avait monétisé son expertise. Ces sociétés, qui affichaient des chiffres d’affaires de plusieurs centaines de milliers de milliards de FCFA, servaient de prestataires privilégiés pour la présidence gabonaise. Un système de « vase communicant » où le patron du renseignement achetait des services technologiques à des entreprises appartenant à sa propre famille.
Le lâchage de Paris et l’ombre de la CIA
Le destin de Solon a basculé lorsqu’il a perdu son plus précieux bouclier : le soutien de la France. Longtemps perçu comme l’atout de la DGSE à Libreville, il a fini par être suspecté de « double jeu ».
Sa proximité croissante avec les services de renseignement américains (CIA) sur des dossiers sensibles — notamment le financement du Hezbollah au Gabon — a provoqué l’ire de Paris. Se sentant court-circuités, les services français ont fini par retirer leur protection à cet agent devenu trop autonome.
Un nouveau pouvoir, une vieille méfiance
L’arrivée au pouvoir de Brice Clotaire Oligui Nguema, après le putsch d’août 2023, n’a pas immédiatement mis fin à Solon. Les deux hommes se connaissaient — Oligui Nguema avait dirigé la DGSS entre 2019 et 2020. Mais pendant cette période, il avait tenté d’accéder aux bulletins du Silam, et Solon avait refusé. Une humiliation que le général n’oubliera pas.
La sentence est finalement tombée sans fracas : convoqué à la présidence, Solon a attendu des heures avant d’être reçu non pas par le chef de l’État, mais par un simple conseiller, qui lui a demandé sa démission.
Avec Jeune Afrique









