Alors que les informations relatives à de possibles notices rouges d’Interpol visant Sylvia Bongo Ondimba et son fils Noureddin Bongo Valentin circulent avec insistance depuis plusieurs jours, Le Confidentiel a joint en exclusivité Me François Zimeray, avocat au barreau de Paris et l’un des conseils français des deux membres de la famille Bongo.
La réponse de l’ancien ambassadeur français pour les droits de l’Homme ne laisse place à aucune ambiguïté. Offensive, calibrée et résolument politique, elle marque une nouvelle étape dans l’internationalisation du bras de fer judiciaire opposant les autorités gabonaises aux proches de l’ancien président Ali Bongo Ondimba.
« Nous la ferions immédiatement annuler »
Interrogé sur l’existence de notices rouges Interpol qui auraient été émises le 6 mai 2026 contre ses clients, Me François Zimeray répond à Le Confidentiel : « Nous n’avons aucune confirmation d’une telle notice rouge par Interpol et, si c’était le cas, nous la ferions immédiatement annuler, car cette demande repose sur un procès factice et totalement politique. Tout cela n’est qu’une diversion de la part d’un pouvoir qui aura bientôt à répondre de ses actes. »
En quelques lignes, l’avocat déroule une stratégie de défense articulée autour de trois axes : la contestation procédurale, l’attaque juridique et la contre-offensive politique.
Une ligne de défense soigneusement construite
Premier verrou : contester l’existence même de la notice rouge. En affirmant ne disposer d’« aucune confirmation » officielle d’Interpol, la défense évite de reconnaître formellement une procédure internationale dont les implications pourraient être lourdes en matière de déplacements, de coopération policière ou d’extradition.
Mais derrière cette prudence juridique, une autre réalité apparaît. L’expression « si c’était le cas » laisse entendre que l’équipe de défense anticipe déjà une éventuelle bataille devant les mécanismes internes d’Interpol.
Deuxième axe : l’annulation immédiate des notices. Une telle procédure passerait vraisemblablement par la Commission de contrôle des fichiers d’Interpol (CCF), l’organe indépendant chargé d’examiner les recours introduits par les personnes visées par des notices ou des diffusions internationales.
La défense entend manifestement s’appuyer sur l’article 3 des statuts d’Interpol, qui interdit strictement à l’organisation toute intervention ou activité présentant un caractère politique, militaire, religieux ou racial. C’est précisément sur ce terrain que Me Zimeray place le combat, en qualifiant la procédure gabonaise de « procès factice et totalement politique ».
Une accusation directe contre les autorités gabonaises
Au-delà du terrain judiciaire, l’avocat français franchit un seuil politique particulièrement sensible lorsqu’il affirme que « ce pouvoir aura bientôt à répondre de ses actes ».
Cette phrase sonne comme une mise en garde adressée aux autorités de la transition gabonaise. Elle laisse entrevoir de futures actions contentieuses susceptibles d’être engagées devant des juridictions étrangères ou des instances internationales, notamment autour des conditions de détention, des garanties de procédure ou du respect des droits fondamentaux.
Depuis le renversement d’Ali Bongo Ondimba en août 2023, les procédures visant les proches de l’ancien régime se sont multipliées. Mais du côté de la défense des Bongo, la ligne reste constante : dénoncer une justice instrumentalisée à des fins politiques.
Une bataille désormais internationale
La déclaration de Me François Zimeray montre surtout que le dossier a changé de dimension. Il ne s’agit plus uniquement d’une procédure judiciaire gabonaise. Le contentieux se joue désormais sur plusieurs scènes : médiatique, diplomatique et internationale.
En qualifiant publiquement le procès de « factice », l’avocat prépare déjà le terrain pour d’éventuelles audiences liées à des demandes d’extradition ou à des restrictions de circulation dans plusieurs pays européens.
Car derrière la guerre des communiqués et des procédures, c’est une véritable bataille d’image et de légitimité qui se dessine autour de la transition gabonaise et du traitement réservé à l’ancien clan présidentiel.
Et dans cette guerre judiciaire mondiale qui commence, chaque mot est désormais pesé comme une pièce à conviction.







