Le Gabon vient de franchir un cap législatif majeur, mais pour Alain-Claude Bilie-By-Nze, le pouvoir actuel vient de commettre l’irréparable. En signant l’ordonnance n°0004/PR/2026, le président Brice Clotaire Oligui Nguema ne se contente pas de modifier la loi : il s’attaque, selon l’opposant, au socle même de la République. « Ce texte n’a pas été conçu pour organiser la nationalité. Il a été pensé par des esprits obsédés par la volonté d’exclure, de fragmenter et de trier », assène-t-il d’entrée de jeu.
L’autochtonie et l’ADN : La « bombe juridique » face au droit
Le point de rupture le plus spectaculaire réside dans l’introduction de l’« ascendance autochtone ». Si le texte impose désormais cette notion comme pilier de l’identité, l’article 50 va plus loin en précisant que « la preuve de la filiation peut être complétée par un examen biologique de l’acide désoxyribonucléique (ADN) ». Celui qui dirige désormais la principale force d’opposition, le parti Ensemble pour le Gabon, y voit une « démarche assumée de diviser la Nation ».
Il dénonce une approche d’une « dangerosité inouïe » et multiplie les interrogations : « À partir de quand est-on autochtone ? Sur quelle base historique ? Selon quels critères ? ». Citant les réalités géographiques du pays, il martèle : « Le Fang de Medouneu […] est-il un autochtone ? Le Téké du Haut-Ogooué […] est-il un autochtone ? ». Pour lui, le risque est clair : « Va-t-on ouvrir la chasse pour la pureté du nom, ouvrant ainsi la voie à la pureté du sang ? ».
Articles 58, 59 et 64 : Une citoyenneté « en résidence surveillée »
La nouvelle législation instaure des barrières professionnelles strictes. L’article 58 stipule que « l’étranger naturalisé ne peut être investi de fonctions ou de mandats électifs qu’à l’expiration d’un délai de dix ans », tandis que l’article 59 lui interdit l’accès à la « haute magistrature, aux forces de défense et de sécurité ou aux postes de commandement ». Plus loin, l’article 64 menace les Gabonais servant dans des organisations internationales qui ne répondraient pas aux injonctions de l’État : « Tout Gabonais qui occupe un emploi dans un organisme international […] et ne le résilie pas malgré l’injonction du Gouvernement peut être déchu de la nationalité gabonaise ».
La réplique de l’ancien Premier ministre est brutale : « Contraindre les citoyens à une obligation d’allégeance et de soumission est la forme la plus aboutie de la tyrannie ». Il refuse de voir la nationalité transformée en « une faveur que l’on peut retirer au gré des contingences politiques » ou pour les « caprices d’un dirigeant qui a du mal avec la critique ». Pour lui, ce texte aboutit à une réalité insupportable : « La nationalité en résidence surveillée ».
L’article 67 : La déchéance comme « arme abjecte »
Le cœur du conflit se cristallise sur l’article 67, qui dispose que « la déchéance de la nationalité peut être encourue si l’intéressé a commis des actes incompatibles avec la qualité de Gabonais ou préjudiciables aux intérêts du Gabon ». Là où le pouvoir voit un bouclier souverain, Bilie-By-Nze voit une « loi abjecte ».
Il rappelle avec gravité que « être gabonais est un droit quasi divin que nul être humain […] ne peut décider d’enlever à autrui », visant directement ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir : « Surtout pas celui qui, hier encore, a retourné les armes contre la République et ses institutions ». Pour l’opposant, cette réforme est une « remise en cause quasi blasphématoire de notre héritage », celui des pères fondateurs Léon Mba et Omar Bongo.
Un appel à la résistance nationale
Face à ce qu’il nomme une « dérive tyrannique », Alain-Claude Bilie-By-Nze refuse que le Gabon devienne « une caserne à ciel ouvert ». Il conclut sa tribune par un avertissement mystique et politique : « “Les dieux rendent fous ceux qu’ils veulent perdre.” – Sophocle ».
Estimant que la Nation est « au-dessus des contingences politiques » et « au-dessus des hommes », le leader d’Ensemble pour le Gabon lance un appel vibrant aux patriotes pour faire échec à cette ordonnance qu’il juge sacrilège : « Parce que le Gabon n’appartient à personne. Parce que la République ne se confisque pas. Parce que la Nation ne se fragmente pas. Touche pas à ma Nation ! Touche pas à ma nationalité ! ».









