Le dialogue sans les voix du suffrage
Selon la note d’audience de la présidence, ces rencontres s’inscrivent dans une « dynamique d’ouverture » visant à renforcer le dialogue national. Sécurité juridique, titres de propriété, accès à l’eau et à l’électricité… la liste des sujets abordés touche au cœur des préoccupations des Gabonais. Pourtant, un constat s’impose : autour de la table, aucun des candidats à l’élection présidentielle d’avril dernier n’était présent.
Comment prétendre instaurer un « cadre d’échanges permanent » fondé sur la « responsabilité partagée » en ignorant les urnes ? Si Brice Clotaire Oligui Nguema l’a emporté avec un score massif de 94,85 %, l’absence de son principal challenger interpelle. Alain-Claude Bilie-By-Nze, arrivé deuxième avec 3,11 % des suffrages, représente tout de même 19 265 votants. Dans une démarche réellement inclusive, ces voix, si minoritaires soient-elles, ne sauraient être gommées du paysage politique, d’autant qu’elles incarnent la principale force d’opposition depuis la chute du régime d’Ali Bongo.
L’analogie qui fâche : le miroir français
Pour mesurer l’anomalie de la situation, il suffit de porter le regard vers d’autres démocraties. Imagine-t-on, en France, le président Emmanuel Macron convoquer les forces vives de la nation pour discuter de l’avenir du pays en « oubliant » d’inviter le Rassemblement National de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella ? Pourrait-on concevoir un dialogue républicain sans La France Insoumise de Jean-Luc Mélenchon ?
La réponse est évidente : c’est impossible. Dans n’importe quelle démocratie moderne, l’inclusivité ne se décrète pas par le choix de ses interlocuteurs ; elle s’impose par la reconnaissance de la représentativité, même critique, de ses adversaires. En sélectionnant ses interlocuteurs, le Palais Rénovation risque de transformer le dialogue national en une simple réunion de confort.
Une gouvernance participative ou une opération de séduction ?
Certes, les participants présents ont salué une « écoute attentive » et un « esprit d’ouverture », s’extasiant même lors d’une visite guidée des chantiers de la Cité administrative Émeraude. Mais ce climat qualifié de « franc et sans réserve » par la présidence ressemble fort à un entre-soi soigneusement orchestré.
Peut-on parler de « progrès partagé » et de « stabilité » quand le dialogue est amputé de sa contradiction la plus directe ? En filigrane, cette séquence laisse un goût d’inachevé. Si l’objectif est véritablement de « fédérer les forces vives », le gouvernement devra tôt ou tard se confronter aux voix qui ne l’applaudissent pas. Car sans le principal challenger de la dernière présidentielle la « cohésion nationale » tant vantée risque de n’être qu’un slogan de plus sur une note de presse.








