Dans l’arène politique gabonaise, on connaissait les trahisons feutrées. Il faudra désormais compter avec la « stratégie du déménageur ». Dans un communiqué d’une violence verbale rare, intitulé « Quand l’imposture s’érige en système politique », la direction du parti portée par Michel Ongoundou Loundah a dressé un réquisitoire implacable contre François Ndong Obiang et sa cohorte, dépeints en véritables « pickpockets de la République ».
Acte I : Le braquage d’un logo et le rapt du canidé
Le récit des griefs porté par l’équipe d’Ongoundou Loundah ressemble à une pièce de boulevard. Accusés d’avoir orchestré une « OPA sauvage » sur l’identité du mouvement, les dissidents se voient reprocher une « stratégie de falsification méthodique au confluent de l’opportunisme et de la vénalité ». Pour les cadres restés fidèles à leur ligne de résistance, le constat est sans appel : « On ne bâtit pas un destin avec des logos volés. »
Le texte décrit avec une précision chirurgicale cette « usurpation en trois actes » où les dissidents ont tenté de piller l’identité visuelle du mouvement. Le remplacement du « i » de l’acronyme par une « torche indigène » sur fond de carte du Gabon est accueilli avec un mépris souverain, qualifié d’« accessoire au symbolisme aussi flou que leur ligne politique ».
Mais le récit bascule dans l’absurde lors de l’évocation du déménagement du siège. Accusé par l’aile Loundah d’avoir occupé les lieux sans s’acquitter du moindre loyer, le groupe de Ndong Obiang aurait pris la fuite en juillet 2025 en emportant le mobilier, le matériel de bureau et, détail frappant, « le chien de garde prêté par un cadre du Parti ! ». Une débandade qui inspire cette sentence à la direction : « La politique n’est pas un cambriolage, mais un sacerdoce. »
Acte II : Braderie sauvage et « alchimie politique »
Le second acte de cette tragicomédie se joue sur le terrain du mercantilisme. Pour Michel Ongoundou Loundah et les siens, le projet de fusion avec l’UDB n’est rien d’autre qu’une « liquidation mercantile » visant à « vendre le sigle REAGIR au plus offrant pour en tirer des dividendes personnels ».
L’attaque se fait alors personnelle contre François Ndong Obiang. Le communiqué fustige son manque d’élégance : « S’il souhaitait changer de bord politique, il aurait pu le faire avec la noblesse des Hommes de conviction. Il a préféré la bouffonnerie de la fuite en avant. » Ce dernier est ainsi renvoyé à sa propre vacuité, le camp de l’opposition radicale lui rappelant qu’on ne peut loger « la trahison dans le cœur des militants engagés ».
Une « boutique vide » face à la loi
Avec une ironie mordante, Michel Ongoundou Loundah met en garde le parti présidentiel contre l’acquisition de ce qu’il appelle une « boutique vide ». S’appuyant sur le droit, il interroge : « Comment des individus, disqualifiés par la plus haute juridiction de l’État, peuvent-ils prétendre marchander un bien qui ne leur a jamais appartenu ? » Une référence directe à l’arrêt de la Cour Constitutionnelle de septembre 2025 qui aurait acté la mort politique des dissidents.
La conclusion du texte, lyrique, sonne comme un avertissement définitif contre la marchandisation de la politique : « On peut falsifier un cachet, mais on ne maquille pas l’histoire. On peut occuper un bâtiment, mais on ne loge pas la trahison dans le cœur des militants engagés. » Pour le REAGIR de Michel Ongoundou Loundah, qui refuse tout compromis avec le pouvoir en place, la messe est dite : le mouvement reste debout face à ceux qui n’ont fait que passer en emportant les meubles.












